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Marguerite, 1764

Une femme originaire du Congo met en lumière sa perception du catholicisme et de l’esclavage.

 CommentaireIEn 1764, Marguerite, une Africaine esclavisée de vingt-cinq ans, est accusée de marronnage, après s’être enfuie de chez son maître et avoir été amenée devant le Conseil supérieur de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans. On lui fait d’abord prêter serment de dire la vérité devant un crucifix et de s’identifier devant le tribunal, après quoi son interrogatoire débute. Bien qu’elle soit l’accusée dans ce procès pénal, Marguerite rejette la responsabilité de ses actes sur ses propriétaires, se plaignant d’être devenue fugitive trois semaines auparavant parce que « Son Maitre et Sa maitresse la battaient toujours quell Estoit Malade et que Sa maitresse Etant venü voir au bout de quatre jours Elle luy dit Mademoiselle se fais la malade es que dans Linstant Elle Luy donna des coups de baton, et l’envoya travaillé et defriché dans La Cour. et qu’elle La menacee que Si Elle n’estoit pas travailler quelle [Madame Dufossat] alloit appeller des negres pour la Conduire Sur la place pour luy faire donner cent Coups de fouët ». Marguerite conclut son récit en ajoutant à la liste de ses griefs le fait que « tous les soirs ils la faisoient Renfermé comme dans un Couvant ».1

Le procès

Le procèsBien que Marguerite ait été poursuivie pour marronnage, devant le tribunal c’est elle qui porte une accusation contre ses propriétaires. S’agissait-il d’un témoignage tactique, visant à justifier son marronnage? En tout cas, le tribunal n’a pas ouvert d’enquête sur ses allégations d’abus de la part de sa maîtresse et de la menace proférée par cette dernière de la faire fouetter sur la place publique. Le tribunal décida plutôt qu’elle soit renvoyée chez son maître, M. Guy Dufossat, capitaine de la marine à la retraite, et sa femme, Françoise Claudine Dreux, où elle a sans aucun doute subi d’autres abus. Ses maîtres n’étaient pas dans la salle d’audience lors de son témoignage (le public n’avait pas le droit d’être présent), bien qu’il soit probable que ce qu’elle y a dit leur ait été révélé. Les peines pour marronnage n’étaient obligatoires que pour ceux et celles qui s’étaient évadés pendant plus d’un mois. Ce n’était pas le cas ici (peut-être que Marguerite le savait et planifiait de revenir avant la fin du mois), mais le Conseil supérieur la reconnut néanmoins coupable de marronnage et la condamna à avoir les oreilles coupées et à être marquée d’une fleur de lys (un lys stylisé qui était le symbole de la couronne française) sur son épaule droite (Figure 1).2

Figure 1

Détail de l’Histoire veritable et facecieuse d’un Espaignol lequel à eu le fouet et la fleur de lis dans la ville de Thoulouze pour avoir derobé des raves et roigné des doubles . . . 1630. Richelieu. Département Estampes et photographie. RESERVE QB-201 (27)-FOL . Avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de France, Paris.

Dans cette rare représentation d’une peine judiciaire, nous voyons un fer chaud en forme de fleur de lys appliqué sur l’épaule droite d’un criminel condamné en 1630 en France.

Malgré l’issue du procès, dans le témoignage de Marguerite nous avons un aperçu de sa douleur et de son sens de l’indignation, mais aussi de traits saillants de sa personnalité, de son caractère et de son sens de l’humour. Son récit nous permet de comprendre les deux manières dont elle a choisi de répondre aux abus. Elle l’a fait d’abord avec ses pieds, en s’enfuyant, plus précisément vers la cabane d’un esclave mâle, Janot (épelé aussi Jeanot) qui était selon toute vraisemblance son amant, ou à tout le moins une personne à laquelle elle était liée, et qui constituait pour elle une source de soutien émotionnel et matériel. Elle l’identifia comme étant de la nation Congo, comme elle (Figure 2). Le propriétaire de Janot, Joseph Villars Dubreuil, était le fils du plus grand propriétaire d’esclaves de la colonie, et la plantation où vivait Janot était située quelques ligues en aval de la Nouvelle-Orléans, obligeant Marguerite à parcourir une certaine distance pour le rejoindre. C’est le commandeur esclavisé de la plantation de Dubreuil qui la fit arrêter, envoyant son fils accompagner Marguerite pour la remettre à son maître Dufossat. Ce dernier la fit à son tour conduire à la prison (Figure 3). Deuxièmement, elle signala son mécontentement verbalement, en exprimant sa désapprobation du traitement que lui réservaient ses maîtres, et sa colère devant leurs défauts et leur manque d’équité envers elle.3

Figure 2

N[icolas] de Fer, L’afrique, ou tous les points principaux sont placez sur les opservations de messieurs de l’academie royale des sciences, 1761. Département cartes et plans. GE D-11409. Avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de France, Paris.

Carte de l’Afrique par N[icolas] de Fer, 1761.

Figure 3

Artiste inconnu, Carte particuliere du flevue [sic] St. Louis dix lieües au dessus et au dessous de la Nouvelle Orleans u sont marqué les habitations et les terrains concedés à plusieurs particuliers au Mississipy. Vers 1723. Collection des cartes manuscrites  Edward E. Ayer. VOÛTE tiroir MS Ayer carte 30 feuillet 80. Avec l’aimable autorisation de la Newberry Library, Chicago.

Cette carte française datant d’environ 1723 montre le cours du fleuve Mississippi (alors appelé fleuve Saint-Louis par les Français), délimitant les différentes étendues de terre et habitations des Français des deux côtés de la rive en amont et aval de la Nouvelle-Orléans. Notez la distance qui sépare la Nouvelle-Orléans de la plantation Dubreuil où Marguerite fut capturée.

Madame Dufossat a peut-être pensé qu’elle se moquait de Marguerite, l’appelant sardoniquement « Mademoiselle » et utilisant la troisième personne pour s’adresser à son esclave (« Mademoiselle se fais la malade ») de la même manière qu’un domestique, suivant la convention, aurait pu s’adresser à la personne qu’il servait. Mais en cour, c’est Marguerite qui use de son esprit mordant pour se moquer de sa maîtresse dans son dos en imitant ses paroles et son ton. Son témoignage étant oral, les juges auront entendu son expression narquoise. Ce faisant, Marguerite faisait-elle appel à une longue tradition ouest-africaine consistant à utiliser l’humour pour déjouer un adversaire? En outre, Marguerite s’en prit au comportement du couple Dufossat-Dreux en recourant à une comparaison faisant référence au couvent des Ursulines de la Nouvelle-Orléans (« tous les soirs ils la faisoient Renfermé comme dans un Couvant »). Bien que la procédure judiciaire l’ait obligée à s’identifier et, en tant que femme esclavisée, à donner le nom de son propriétaire, elle ajouta qu’elle était « de nation Congo », disant « Sappeller Marguerite appartenant a M. dufossat ancien Cap.ne agéé de vingt cinq ans de nation Congo ». En faisant allusion au couvent, Marguerite démontrait qu’elle comprenait manifestement la notion fondamentale du cloître et d’un modèle catholique de célibat, médié par l’architecture, qui séparait les femmes des hommes. Mais cette femme née en Afrique, qui avait été capturée, enchaînée, réduite en esclavage et douloureusement confinée dans des espaces exigus à bord d’un navire pendant le passage du Milieu, ne pouvait probablement pas comprendre que des religieuses cloîtrées se portent volontaires pour être « Renfermé » (Figure 4).4

Figure 4

Sœur Converse Ursuline de la Congrégation de Paris. Tiré de Pierre Hélyot, Histoire des ordres monastiques …, IV (Paris, 1715), x. Wellcome Collection: CC BY. Londres

Ils la faisaient renfermer comme dans un couvent

Ils la faisaient renfermer comme dans un couventMarguerite disait-elle la vérité? Sa maîtresse lui avait-elle dit ces mêmes mots? Ses maîtres avaient-ils traité Marguerite de la façon qu’elle avait décrite? Nous ne pouvons pas le savoir avec certitude, et peut-être n’avons-nous pas besoin de le savoir du tout. Ce que nous pouvons dire, c’est que Marguerite a répondu aux questions des juges et a fait, à cette occasion, une affirmation sur ce qu’elle considérait comme flagrant dans la façon dont sa maîtresse et son maître la traitaient. Elle a ajouté une touche de sarcasme à son récit alors qu’elle donnait une réponse ancrée dans sa propre expérience, sa personnalité et ses modes de connaissance – une réponse qui était autobiographique car celle-ci exprimait sa vision du monde, l’évaluation qu’elle en faisait et le sens qu’elle lui donnait à ce moment-là. C’est Marguerite, et non ses interrogateurs, qui mentionne qu’elle a été « renfermée », et c’est elle qui utilise une comparaison avec le couvent pour critiquer le contrôle exercé par ses maîtres sur ses mouvements et peut-être aussi sur sa sexualité, recourant même à l’humour pour le faire. C’est elle qui semblait sincèrement contrariée que ses maîtres ne la traitent pas comme elle semblait s’y attendre, car elle avait sans doute une connaissance intériorisée de ce que cela pouvait signifier d’être un esclave en Afrique centrale occidentale, où le concept d’esclavage permettait une gamme plus flexible de pratiques dans le traitement des captifs. C’est également elle qui décrit l’intimité forcée qui survient quand ses maîtres exerçaient un contrôle physique et émotionnel sur elle : ils se moquaient d’elle lorsqu’elle était malade, la battaient et l’enfermaient, en plus de la menacer d’être fouettée en public. Un esclave était censé se soumettre, sans émotion, aux contraintes et à la violence inhérentes à de telles paroles et à de tels actes (et être contrit s’il ne l’avait pas été sur le coup). Marguerite a contré ces deux attentes en s’enfuyant mais aussi en prenant la peine, devant le tribunal, d’expliquer sa réaction et d’exposer son argumentation.

Pour mieux saisir l’expérience qu’avait Marguerite du paysage urbain et de sa place au sein de celui-ci, il nous faut d’abord comprendre l’environnement bâti de la Nouvelle-Orléans (Figure 5). Quand elle recourt à la comparaison d’avoir été « Renfermé comme dans un Couvant » comme l’un des motifs l’ayant incitée à s’enfuir et à aller rejoindre la cabane de son ami, elle venait littéralement d’être enfermée, mais dans la prison municipale. On peut se demander quelle influence cette expérience a pu avoir sur la comparaison qu’elle choisit de faire avec un couvent, surtout compte tenu de l’absence de couvents en Afrique de l’Ouest. La prison de la Nouvelle-Orléans était située sur la Place d’armes, à droite de l’Église Saint-Louis en faisant face au quai (Figures 6 et 7). Mais le complexe pénitentiaire n’était pas seulement réservé à l’enfermement des personnes poursuivies et condamnées. Il contenait aussi la chambre criminelle où avaient lieu et étaient consignés les interrogatoires « sur la sellette » (expression se référant au tabouret bas sur lequel l’accusé était contraint de s’asseoir), ainsi que les séances de torture judiciaire (Figure 8). Il s’agissait d’un vaste espace mesurant environ quatre toises sur trois (environ cinq mètres et demi sur sept et demi). Les interrogatoires ordinaires se tenaient dans les locaux du Conseil supérieur, ce qui pouvait nécessiter qu’un accusé y soit emmené hors de la prison sous bonne garde.5

Figure 5

[Ignace-François] Broutin, Plan de la Nouvelle Orléans telle qu’elle estoit le premier janvier mil sept cent trente deux. 20 janvier 1732. FR ANOM 04 DFC 90 A. Avec l’aimable autorisation des Archives nationales d’outre-mer, Aix-en-Provence, France.

Figures 6 & 7

Anonyme, Plan, profil, et elevation des prisons de la Nouvelle Orleans, 14 Janvier 1730. Aquarelle. FR ANOM 04 DFC 84 B. Les archives nationales d’outre-mer, Aix-en-Provence, France

La prison fut le premier grand bâtiment construit en briques, sans charpente en bois, recouvert de maçonnerie. Comptant deux étages, elle était constituée de deux bâtiments distincts reliés par une cour clôturée à l’usage des prisonniers. Elle mesurait environ six toises sur huit (c’est-à-dire environ vingt-deux mètres sur trente). Chaque cellule (à l’étage supérieur) mesurait environ deux toises et demie sur deux (environ neuf mètres et demi sur sept et demi), ce qui signifie qu’il s’agissait de cellules communautaires.

Figure 8

Inconnu, Antoine François Derues est appliqué à la question extraordinaire avant l’exécution et a été rompu vif et jetté au feu le 6 mai 1777. Tiré de Portrait de Desrues et quarante planches relatives à la vie, aux crimes et à l’exécution de ce scélérat. 1777. Gravure. Département Estampes et photographie. RESERVE QB-201 (110)-FOL. Avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de France, Paris.

Dans cette gravure faisant partie d’un ensemble portant sur une célèbre affaire judiciaire française, l’accusé est interrogé sur la sellette, ou tabouret bas.

Toutefois, le fait que Marguerite ait passé du temps en prison n’était qu’un élément de son récit. Elle relate que c’était son maître et sa maîtresse qui l’avaient enfermée. Le commandeur de Dubreuil l’avait fait conduire à Gentilly, juste à l’extérieur de la Nouvelle-Orléans, mais sa connaissance du couvent situé en ville et sa référence à une cour arrière (typique des maisons urbaines de la Nouvelle Orléans) laissent entendre que ses propriétaires avaient aussi une résidence en ville. Bien qu’on n’en connaisse pas l’emplacement exact, l’architecture de la Nouvelle-Orléans nous permet de spéculer sur son expérience. Quand Adrien de Pauger conçut le plan de la Nouvelle-Orléans en 1722, il a aménagé la ville selon un quadrillage ancré par la Place d’armes, avec des terrains résidentiels « d’une taille telle que chacun peut avoir les maisons en façade sur la rue et peut encore avoir un peu de terrain à l’arrière pour avoir un jardin, ce qui représente la moitié de la vie ». C’est-à-dire que les lots de maisons de ville étaient constitués d’habitations situées directement sur la rue avec une arrière-cour, exactement comme celle que la maîtresse de Marguerite l’avait obligée à défricher alors qu’elle était malade (Figure 9).6

Figure 9

Madame John’s Legacy. 1788 avec des ajouts ultérieurs. 632 rue Dumaine, Nouvelle-Orléans. Photo gracieuseté de Philippe Halbert

Le rez-de-chaussée de ce complexe d’habitations résidentielles du quartier français datant du dix-huitième siècle, connu aujourd’hui comme « Madame John’s Legacy », était utilisé pour le commerce et l’entreposage; les étages supérieurs étaient résidentiels et la cour arrière murée était accessible soit par la maison, soit par l’étroite porte latérale. Pour de plus amples renseignements sur ce site, voir  https://louisianastatemuseum.org/museum/madame-johns-legacy

Les arrière-cours étaient utilitaires : elles contenaient des jardins potagers à l’usage de la maisonnée et peut-être des cabanes pour les personnes esclavisées. Mais c’étaient aussi des lieux de détente pour le maître et la maîtresse de la maison. Quand la Dame Élizabeth Real, veuve Marin (propriétaire de la maison dite de Madame John’s Legacy), rédigea son testament en 1769, le notaire et son adjoint se rendirent chez cette femme âgée. On les fit entrer dans la maison « dans Laquelle nous avons trouvé la dte Dame Veuve Marin assise Entre Les deux portes prenant le frais, Laquelle nous a paru Malade du Corps a cause de son Grand age, mais seine desprit, mémoire, et entendemens ». Madame Dufossat donna à Marguerite « des coups de baton, et l’envoya travaillé et defriché dans La Cour, et qu’elle La menacee que Si Elle n’estoit pas travailler quelle alloit appeler des negres pour la Conduire Sur la place pour luy faire donner cent Coups de fouët »; après quoi, s’installa-t-elle, à l’instar de la veuve Marin, à l’ombre et au frais pour surveiller ses esclaves? Accessibles de la rue par d’étroites portes latérales, les cours n’étaient généralement pas visibles par les passants, à cause des hauts murs qui entouraient les propriétés. Des récits de voyage soulignent le fait que les esclaves jouissaient d’ordinaire d’un certain degré de mobilité dans la ville, mais ces assertions étaient possiblement exagérées. Tout maître qui voulait vraiment contrôler les entrées et les sorties de ces résidences entourées de murs pouvait le faire, comme Dufossat et sa femme semblent l’avoir fait pour Marguerite. Cependant, c’était peut-être inhabituel de confiner ses esclaves de cette manière, et si le public venait à apprendre, grâce au procès, que ses maîtres avaient été si stricts en l’enfermant, peut-être que les colporteurs de rumeurs de la ville s’étaient demandé pourquoi. En conséquence, le couple Dufossat aurait pu se sentir obligé de changer ses habitudes, ou de se contenter de devenir la matière de commérages, amplifiant dans un cas comme dans l’autre la désapprobation de Marguerite.7

Pourquoi les Dufossat ont-ils restreint son accès de manière aussi rigide, et étaient-ils plus sévères que ce qui était habituel à la Nouvelle-Orléans, ou plus que ce que Marguerite aurait pu anticiper? Elle était en âge de procréer, de sorte que ses maîtres la percevaient comme un investissement à court terme, et ne souhaitaient pas voir son travail perturbé par une grossesse. Peut-être avait-elle pris l’habitude de s’enfuir par le passé – elle connaissait après tout le chemin qui menait à la plantation de Janot sans se faire prendre, bien que les autorités judiciaires n’aient pas cherché à savoir s’il l’avait aidé dans son parcours. Elle cherchait peut-être à fuir les assauts sexuels aux mains de son maître, quoique le fait qu’elle ait reproché au couple Dufossat de l’enfermer tendrait à tempérer cette interprétation. Quoi qu’il en soit, il est évident que Marguerite s’opposait au fait d’être confinée aussi régulièrement la nuit, et qu’elle aspirait à la familiarité culturelle, à la paix relative et sans doute aussi au plaisir que lui procurait la compagnie de Janot.

Marguerite et Janot, de la nation Congo

Marguerite et Janot, de la nation CongoTant Janot que Marguerite avaient subi le brutal passage du Milieu à travers l’Atlantique qui les avaient conduits de leur capture en Afrique centrale occidentale vers la mise en esclavage au Nouveau-Monde. Âgée d’environ vingt-cinq ans en 1764, Marguerite n’avait pu arriver en Louisiane sur l’un ou l’autre des navires négriers connus ou autorisés en provenance du Congo, étant donné que le seul navire négrier connu à être venu de cette région était La néréide, qui transporta 294 personnes esclavisées en provenance de Cabinda (Angola) vers la colonie en 1721. Toutefois, il existait d’autres façons, licites et illicites, pour un colon en Louisiane d’acquérir des esclaves, particulièrement par le biais du commerce avec les îles françaises. Étant donné que Marguerite disposait d’une connaissance suffisante du français pour se passer du recours à un interprète judiciaire, elle connaissait vraisemblablement déjà les colonies françaises, et serait venue (en Louisiane) après y avoir été emmenée des îles à bord d’un navire tel que La Marie-Séraphique, qui avait quitté Loango (Angola) en 1769 rempli de 307 captifs à destination du Cap Français, à Saint-Domingue (Haïti). Un rare ensemble d’aquarelles du voyage de 1769 de La Marie-Séraphique nous est parvenu, montrant les plans, le profil et l’agencement du navire (Figures 10 et 11). Les aquarelles comprennent également un ensemble complet de tableaux enregistrant toutes les dépenses, depuis les prix d’achat et de vente jusqu’au bénéfice global du voyage provenant de la vente des captifs sur l’île. Un gros plan de l’entrepont montre les conditions sordides et exiguës dans lesquelles vivaient les captifs, séparés par sexe, pendant la traversée (Figure 12). Les aquarelles ont un degré de précision tel qu’il a été possible de produire une reconstruction vidéo-3D de ce vaisseau dans tous ses détails sordides. Marguerite et Jannot avaient traversé l’Atlantique sur ce genre de navire, et ils en avaient vécu les horreurs. On ne connaît pas le nom du bateau qui les a emmenés à la Nouvelle-Orléans. Sont-ils arrivés ensemble à la Nouvelle-Orléans à bord du même navire? Ou se sont-ils plutôt rencontrés en Louisiane, ou bien en ville ou lors d’une danse organisée sur l’une des plantations voisines? Auraient-ils reconnu leurs racines communes, et développé un attachement plus fort que toutes les tentatives de garder Marguerite confinée? 8

Figure 10

René Lhermitte, Plan, profile, et distribution du navire La Marie Séraphique de Nantes . . ., 1769. Acc. # 2005.3.1. Château des ducs de Bretagne, Musée d’histoire de Nantes, France

Figure 12

René Lhermitte. Vue de Cap Français et du nre. La Marie Séraphique de Nantes Capitaine Gaugy le jour de l’ouverture de sa vente troisieme voyage d’Angole, 1772–1773. Acc. # 950.4.3.2. Château des ducs de Bretagne, Musée d’histoire de Nantes, France

Figure 11

René Lhermitte, « L’entre-pont. » Détail du Plan, profile, et distribution du navire La Marie Séraphique de Nantes …, 1769. Acc. # 2005.3.1. Château des ducs de Bretagne, Musée d’histoire de Nantes, France

Cet ensemble d’aquarelles du voyage de La Marie-Séraphique en 1769 à partir de Nantes (France) jusqu’à Loango, dans la région du fleuve Congo, et enfin jusqu’à Saint-Domingue (Haïti), fut réalisé par le sous-lieutenant du navire, peut-être en cours de traversée. Ces œuvres présentent la description la plus précise d’un navire négrier et d’une cargaison d’esclaves au dix-huitième siècle. Accompagnées de tableaux qui documentent chaque transaction, les aquarelles illustrent la disposition du navire et incluent même une scène montrant l’achat d’esclaves au comptoir commercial de Loango. Une autre dépeint la vente d’individus esclavisés à bord du navire à Saint-Domingue (Haïti) : on aperçoit les acheteurs français – un homme et une femme – en train de dîner sous un auvent en cours de transaction. Un gros plan de l’entre-pont montre les conditions horribles et exiguës dans lesquelles les captifs, séparés par sexe, étaient enfermés la nuit durant la traversée d’une durée de dix semaines. Pour une reconstruction en 3-D de La Marie-Séraphique, voir https://www.slavevoyages.org/voyage/ship#3dmodel/0/en/

Pour avoir une idée de la conception que pouvait avoir Marguerite de la notion de cloître (« Renfermé comme dans un Couvant »), tout particulièrement du fait qu’elle se disait être « de nation Congo » et qu’elle avait donc été enfermée sur un ou plusieurs navires, il nous faut ajouter une dernière pièce au puzzle : l’existence, à la Nouvelle-Orléans même, d’un couvent des Ursulines, dont les bâtiments étaient visibles, mais dont les religieuses étaient à l’abri des regards, vêtues d’habits qui les couvraient de la tête aux pieds (Figure 13). En fait, la fille des maîtres de Marguerite, Françoise Dufossat, y entra pour devenir religieuse, ce qui laisse entendre qu’il s’agissait d’une famille pieuse qui a vraisemblablement envoyé Marguerite recevoir l’instruction religieuse des Ursulines. Bien que l’ethnonyme Congo ait été ambigu quant à son origine réelle en Afrique centrale, il est en fait possible que ce soit là que Marguerite ait été exposée pour la première fois à des concepts et à des images chrétiennes, étant donné que le royaume du Kongo s’est converti au catholicisme en 1481 et que des missionnaires y étaient encore présents au dix-huitième siècle (Figure 14). Il n’y avait cependant pas de couvents exclusivement féminins au royaume du Kongo, ce qui voudrait dire que c’est au Nouveau-Monde que Marguerite serait pour la première fois entrée en contact avec cette institution et aurait vu pour la première fois des religieuses. Si elle était arrivée par la Martinique, et particulièrement Saint-Pierre, elle aurait pu y voir un couvent, le seul dans les Antilles françaises. Il est plus probable qu’elle ait vu pour la première fois des religieuses vivant dans un cloître à la Nouvelle-Orléans.9

Figure 13

Couvent des Ursulines. 1745 et ajouts ultérieurs. Nouvelle-Orléans, en face du quai. Photo gracieuseté de Philippe Halbert

Pour d’autres images du couvent des Ursulines, y compris une vue aérienne, voir  https://oldursulineconventmuseum.com.

Figure 14

Artiste capucin inconnu. Père missionnaire enseignant le catéchisme : 1: Autel portatif mais fermé. 2 Père donnant une leçon de catéchisme. 3: Catéchumènes. 4: Personnes déjà catéchisées. 5: Païens venus écouter par curiosité. Aquarelles de Parme. PW096. Collection Virgili (Bilioteca Estense Universitaria), Italie. Photo : Cécile Fromont.

Cette connaissance des origines probables de Marguerite et la présence d’un couvent des Ursulines à la Nouvelle-Orléans nous aident à interpréter son récit et à comprendre ce que cela signifiait pour elle quand, saisissant l’occasion d’exprimer son indignation, elle recourt à cette comparaison spécifique relative au couvent. Dans son interprétation, cette comparaison évoquait l’emprisonnement mais aussi l’absence d’accès aux hommes. C’est une image qui avait une nette résonnance chez Marguerite qui était sûrement allée au couvent de la Nouvelle-Orléans et souhaitait échapper à ce sort, ne serait-ce que temporairement, en s’enfuyant du centre urbain de la Nouvelle-Orléans pour se rendre en aval vers la cabane et le confort de son compagnon masculin.

Conclusion

ConclusionL’espace pour Marguerite n’était pas quelque chose d’abstrait; cela avait au contraire une signification physique, culturelle et émotionnelle. Marguerite juxtaposait le confinement ressemblant à celui d’un couvent qu’elle éprouvait à la résidence de ses maîtres avec la libération éprouvée dans sa fuite pour aller retrouver Janot à sa plantation, bien que cet espace ne se soit pas avéré sécuritaire pour elle, puisque c’est là qu’elle fut capturée. Sa fuite, son insolence à moquer sa maîtresse et ses fines observations sur les incongruités de la société française (catholique) nous informent toutes sur sa perception d’elle-même dans cet univers et sur les façons dont elle a su en négocier les horreurs. Ce n’était pas tant le fait de son asservissement sur lequel elle mettait l’accent, bien que cela ait bien entendu fait partie du portrait. Mais ses mots mettent en lumière, avant tout, le fossé entre le traitement que lui infligeaient ses maîtres et la façon dont elle désirait être traitée, ce à quoi elle osait s’attendre. Les archives ne nous révèlent pas ce qu’il est advenu de Marguerite au-delà du procès, mais si son témoignage ne nous renseigne pas sur son futur, il nous offre des aperçus captivants d’elle sur le moment et même des allusions à son passé. 

Interrogatory of Marguerite (Interrogatoire de Marguerite)

Transcription

Interrogatory of Marguerite[page 1]

No. 1847
 23 octobre 1764

Procedures
 De la negresse
 marguerite

[blank page]

[page 3]

No. 1847.
 2e page [paraphe]
 23 Octobre 1764
 Interrogatoire
 de la negresse
 Margueritte

Lan Mil sept cent soixante Quatre et le vingt trois
 octobre interogatoire fait par Nous sieur françois huche[t]
 de Kernion conseiller au conseil Superieur de la province de la louisiane
 a la Requeste de M. le substitut du procureur G[e]neral du Roy. Et
 En vertü de lordonnance de Monsieur D’abbadie directeur General
 commandant pour Le Roy Et premier juge au Conseil
 Superieur a la negresse [blank] appartenant auSr.
 Dufossat detenüe es prisons Royalle Nous Serions pour
 cet Effet transporté a la chambre Criminelle de justice avec
 Le greffier dudt. Conseil, où Estant nous auroit Esté [amené]
 par le Geolier Des ditte prisons la negressë nommë Margueritte
 apres1 Serment par Elle fait De nous dire verité [ill.] Requis
 nous Lavons Interogée ainsy qu’il Ensuit
 Interogé de son nom age qualité et Demeure et nation
 a dit Sapeller Marguerite appartenant a M. dufossat ancien Cap.ne
 agée de vingt cinq ans de nation Congo
 Interogé qui est qui la fait Mettre [E]n prison.
 a dit que estoit Son Maître
 Interogé pourquòy Elle à Esté mise En prison
 a dit que cest parce quelle a Esté maron parce que Son Maitre
 et Sa maitresse la battaient toujours quell Estoit Malade et
 que Sa maitresse Etant venü voir au bout de quatre jours
 Elle luy dit Mademoiselle se fais la malade es que dans
 Linstant Elle Luy donna des coups de baton, et l’envoya
 travaillé et defriché dans La Cour. et qu’elle La menacee que
 Si Elle n’estoit pas travailler quelle alloit appeller des negres
 pour la Conduire Sur la place pour luy faire donner cent Coups
 de fouët, et que tous les soirs ils la faisoient Renfermé
 comme dans un Couvant
 interogé combien de tems Elle Est maron
 a dit qu’il ÿ avait trois Semaine
 interogé où Elle Sest trouvée pendant Son maronnage et
 où Elle a Esté prise
 a dit que pendant les trois dimanche quelle a été maron
 huchet de Kernion

[page 4]

et derniere page

Elle a été chez led. Vilars dans la Cabanne du nommé
 janot negre Congo que le Commandeur2 en aÿant Eu Conno[iss.]ce
 il Lavait fait prendre et méné par son fils En ville lequel
 dit n[e]gre L’avoit tout de suite [sic] a gentilly3 chez Son Maitre
 et que Son Maïtre La fait conduire en prison
 qui Est tout ce quelle a dit Scavoir Lecture à Elle faite
 du present interogatoire a dit Sa Reponce Contenir Verité
 y a persisté et a declaré ne scavoir ny Ecrire ny Signê
 de ce Enquis [ill.]
 huchet de Kernion

Surquoy Nous conseiller Commre susdit avons
 ordonné et ordonnons que le present Interogatre
 Sera Communiqué au procureur general du Roy
 pour Sur Ses conclusions Estre ordonné ce qu’il
 apartiendra et Requis ce que de droit
 Donne En la Chambre Criminelle le jour et an susdt.
 huchet de Kernion

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans, 1764/10/23/01 (year/month/day/sequence).

Translation

[page 1]

No. 1847
 23 October 1764

Procedure
 against the negresse
 Marguerite

[blank page]

[page 3]

No. 1847
 2nd page [paraph]
 23 October 1764
 Interrogatory
 of the negresse
 Margueritte

The year seventeen sixty-four and the twenty-third
 October, interrogatory conducted by us, Sieur François Huchet
 de Kernion, councilor of the Superior Council of the province of Louisiana,
 at the request of M. the deputy attorney general of the king, and
 in virtue of the order of Monsieur D’Abbadie, director general
 commander for the king and first judge on the Superior
 Council, of the negresse [blank] belonging to Sr.
 Dufossat, detained in the royal prisons. We have for
 this purpose transported ourselves to the criminal justice chamber with
 the clerk of the said council, where was [brought] to us
 by the jailer of the said prisons the negresse named Margueritte.
 After oath sworn by her to tell us the truth as required,
 we interrogated her as follows.
 Interrogated as to her name, age, status and residence, and nation?
 Said she is named Marguerite belonging to M. Dufossat, former captain,
 aged twenty-five years old, of the Congo nation.
 Interrogated who had had her put in prison?
 Said that it was her master.
 Interrogated why she has been put in prison?
 Said that it was because she has been a runaway, because her master
 and her mistress always beat her, that [when] she was ill,
 her mistress having come to see her after four days,
 she said to her, “Mademoiselle is playing at being ill, is she?” and
 right then beat her with a stick, made her
 work and clear the courtyard, and threatened her that
 if she did not go to work that she [Madame Dufossat] would call the negres
 to take her to the public square to give her a hundred lashes
 of the whip, and that every evening, they had her locked up
 like in a convent.
 Interrogated how long she [was] a runaway?
 Said it was three weeks.
 Interrogated where she was during her maronnage and
 where she was caught?
 Said that during the three Sundays that she was a runaway
 Huchet de Kernion

[page 4]

and last page

she has been at said Vilars’s in the cabin of the named
 Janot, Congo negre, that the [enslaved] overseer having knowledge of this,
 he had had her seized and taken by his son to town, this
 said negre [the son] had right then [sic] to Gentilly1 at her master’s
 and that her master had her brought to prison.
 Which is all that she has said knowing, the present interrogatory
 was read back to her, [she] said her replies contained the truth,
 persisted in this, and declared not knowing how to write or sign her name,
 this inquired [ill.]
 Huchet de Kernion

Whereupon we, councilor commissioner [aforesaid], have
 ordered and do order that the present interrogatory
 be communicated to the attorney general of the king
 and on his conclusions to be ordered that
 which pertains and is required by law.
 Given in the criminal chamber the day and year given above.
 Huchet de Kernion

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans, 1764/10/23/01 (year/month/day/sequence).

The Complaint (La Plainte)

Transcription

The Complaint[page 1]

A Monsieur Dabbadie directeur
 Commandant pour le Roy Commissaire
 général de la marine ordonnateur et
 premier juge du Conseil Superieur
 de la province de la Loüisianne
 Remontre le substitut du procureur général du
 Roy aud. Conseil quil auroit été Conduit
 es prisons de cette ville une Negresse Quidame1
 appartenant ausr. Duffossat maronne depuis
 longtems, Comme le délit interresse la vindicte
 publique, Je Requiere pour le Roy que lad.te
 Negresse soit interrogée pardevant tel Commissair[e]
 Qu’il vous plaira nommer sur les faits, circonstances
 et dependances de son Maronage pour
 l’interrogatoire m’estre Communiqué et estre
 Requis ce qu’il appartiendra de droit a la
 N.lle Orleans le 23 8bre 1764
 Delaplace

[page 2]

Soit intérogé lad.te negresse pardevant Mr.2
 de Kernion Conseiller Comm.re nommé dans cette
 partie pour ledt. interogatoire estre Communiqué
 au Substitu[t] du procureur general et Sur ses
 Conclusion estre ordonné ce qu’il appartiendra
 A La nlle. orleans le 23. 8bre. 1764
 D’Abbadie

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans, 1764/10/23/03 (year/month/day/sequence).

Translation

[page 1]

To Monsieur D’Abbadie, director,
 commander for the king, commissioner
 general of the marine, ordonnateur1, and
 first judge of the Superior Council
 of the province of Louisiana.
 The deputy attorney general of the
 king petitions the said council that there has been brought
 to the prisons of this city an unknown2 negresse
 belonging to Sr. Duffossat, maroon for
 a long time. As the offense concerns the public
 good, I demand for the king that the said
 negresse be interrogated before such commissioner
 whom it will please you to name on the facts, circumstances,
 and dependencies3 of her maronnage, and for
 the interrogatory to be then communicated to me and be
 ordered according to that which pertains by law. At
 New Orleans, the 23 October 1764.
 Delaplace

[page 2]

That the said negresse be interrogated before Mr.4
 de Kernion, councilor commissioner named to this role,
 for the said interrogatory to be communicated
 to the deputy attorney general, and on his
 conclusions, for orders to be given accordingly.
 In New Orleans the 23 October 1764.
 D’Abbadie

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans, 1764/10/23/03 (year/month/day/sequence).

Final Judgment (Jugement definitif)

Transcription

Final Judgment[page 1]

No. 1849
 3 Novembre 1764
 Jugement
 de la negresse
 Margueritte

Audiance Criminelle du 3.. 9bre. 1764..
 Ou Etoient Messieurs Dabbadie Directeur general
 Commandant et prezidant du Conseil. Aubrÿ
 Commandant Les troupes. huchet de Kernion, delaun[ay]
 foucault Consers. Lessassier et de La place et de
 La Chaize.

Entre Sr. de Laplace Substitut du procureur general
 du Roÿ. demmandeur et accuzateur
 Contre Le Negre filibustier apartenant au Sr. haran
 accuzé déffendeur: et . . . . . . Negresse1

Vü par Le Conseil Le procès extraordinairement
 instruit Contre le dit Negre, ouÿ Le Raport de
 Mr. foucault Cons.er Commissaire en Cette partie
 Vü Les Concluzions definitives du procureur general
 du Roÿ Le Conseil a Declaré et declare Le dit
 Negre düement atteint et Convaincü de Marronag[e]
 Recidivé. pour Reparation de quoÿ Las Condamné
 et Condamne avoir Les oreilles Coupées et quil sera fleterÿ
 Dun fer chaud marquant une fleur de Lis sur Lepaule
 destre. et Ensuite renvoÿé a son maitre avec
 deffenses de Recidiver.

Entre Le dit Substitut du procureur genal demandant
 et accuzateur
 Contre La Negresse Margueritte accuzée deffenderess[e]
 Vü par Le Conseil Superieur Le procès Extraordinai
 rement instruit contre Lad.e Negresse ouÿ Le raport
 de Mr. de Kernion et Vü Les Concluzions definitives du
 procureur g.l du Roÿ. Le Conseil a declaré et
 Declare Ladte Negresse margueritte dument atteinte
 et Convaincüe de Marronage pour Reparation de quoÿ
 La Condamné et Condamne avoir Les oreilles Coupées
 et Marquée dune fleur de Lis a Lepaulle

[page 2]

Dextre; et ensuite estre Renvoÿé a Son [Maitre]
 Donné en La chambre du Conseil Le 3. 9.bre 1764.
 D’Abbadie, Aubry, Huchet de Kernion, Foucault, DeLaunay

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans,1764/11/03/03 (year/month/day/sequence).

Translation

[page 1]

No. 1849
 3 November 1764
 Judgment
 against the negresse
 Marguerite

Criminal hearing of the 3 November 1764,
 in the presence of Sirs D’Abbadie, director general,
 commander, and president of the council, Aubrÿ,
 commander of the troops, Huchet de Kernion, Delaunay,
 Foucault, Councilors Lessassier and De La Place, and De
 La Chaise.

Between Sr. De Laplace, deputy attorney general,
 of the king, plaintiff and accuser,
 against the negre Filibustier belonging to Sr. Haran
 accused, defendant, and …. negresse1

The council having considered the trial extraordinarily
 instructed against the said negre, having heard the report of
 Mr. Foucault, councilor commissioner, in this part, [and]
 having considered the definitive conclusions of the attorney general
 of the king, the council has declared and declares the said
 negre duly guilty and convicted of maronnage with
 recidivism. For reparation of which [this court] has condemned
 and condemns him to have his ears cut and to be branded
 with a hot iron marking a fleur-de-lis on his right shoulder,
 and afterward returned to his master with a
 prohibition against recidivism.

Between the said deputy attorney general, plaintiff
 and accuser,
 against the negresse Margueritte, accused defendant,
 the Superior Council having considered the trial extraordinarily
 instructed against the said negresse, having heard the report
 of Mr. de Kernion, and having considered the definitive conclusions of
 the attorney general of the king, the council has declared and
 declares the said negresse Margueritte duly guilty
 and convicted of maronnage, for reparation of which [the court]
 has condemned and condemns her to have her ears cut
 and to be branded with a fleur-de-lis on her shoulder

[page 2]

and afterward to be returned to her master.
 Given in the council chamber the 3 October 1764.
 D’Abbadie, Aubry, Huchet de Kernion, Foucault, DeLaunay

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans, 1764/11/03/03 (year/month/day/sequence).

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