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Jeanot, 1764

Un vieil homme met sa fugue sur le compte des mauvais traitements qu’il subissait et met en lumière le soutien de la communauté dont il a bénéficié.

CommentaireEn avril 1764, Jeanot, âgé de soixante-cinq ans, est arrêté pour marronnage. Son procès offre un rare témoignage d’un esclave africain âgé. Interrogé sur les motivations de sa fugue, Jeanot ne nie pas s’être enfui. Il se lance plutôt dans une explication détaillée des raisons qui l’ont poussé à fuir la propriété de son maître, faisant allusion à son travail, aux récoltes dont il était responsable – indigo et maïs – et aux mauvais traitements dont il était victime quand les récoltes n’étaient pas bonnes. Il fournit ensuite des précisions sur l’assistance dont il a bénéficié de la part de la communauté pendant son marronnage, assistance qui reflète vraisemblablement son rôle important en tant qu’aîné. Privé du soutien que son maître devait légalement lui fournir, le vieil homme trouve plutôt du secours du côté d’un autre esclave, bien que ce soutien n’ait pas pu durer, et que Jeanot se soit retrouvé à la rue à mendier pour sa subsistance. C’est cette visibilité dans l’espace public qui précipitera son arrestation.

Le procès

Jeanot a été appréhendé par un certain M. Désilets et son fils, qui l’ont découvert en train de mendier dans la rue et l’ont confronté concernant sa situation, ce qui a finalement conduit à sa prise de corps. Les prénoms des Désilets ne sont pas donnés, mais ils étaient clairement apparentés au maître de Jeanot, également Sr Désilets, probablement l’aîné Antoine-Marie Chauvin de Léry Désilets (dit Désilets). La famille Désilets était l’une des familles fondatrices de la Louisiane. Dès 1718, la famille Chauvin avait établi des habitations en aval de la Nouvelle-Orléans, sur la même rive du Mississippi près de l’endroit où s’érigeait auparavant le village autochtones Tchoupitoulas. Ces plantations étaient considérées parmi « les meilleures concessions et les mieux cultivées du pays, avec un moulin et des forges » (Figure 1). Dans un document daté de 1724 où il est question de cette habitation, le père de Désilets relate que lui et ses frères, « d’une forest impenetrable on fait a force de travaux une belle et [fertile] campagne ». Le père Pierre de Charlevoix abonde dans le même sens, décrivant les habitations aux Tchoupitoulas comme étant

Ce qui demeure invisible et absent de ces récits de la famille Chauvin, est le fait que le « travail » et « l’industrie » qui les soutenaient était le labeur d’Africains esclavisés.1

Figure 1

Artiste inconnu, Carte particuliere du flevue [sic] St. Louis dix lieües au dessus et au dessous de la Nouvelle Orleans u sont marqué les habitations et les terrains concedés à plusieurs particuliers au Mississipy, circa 1723. Collection de cartes Edward E. Ayer.  VOÛTE tiroir Ayer MS carte 30, feuillet 80. Avec l’aimable autorisation de la Newberry Library, Chicago

Cette carte datant d’environ 1723 montre le cours du fleuve Mississippi (que les Français appelaient à l’époque le fleuve Saint-Louis), délimitant les diverses parcelles de terre et habitations des Français sur les deux rives du fleuve, en amont et en aval de la Nouvelle-Orléans. À noter les distances entre la plantation De Léry Désilets, où Jeanot était réduit en esclavage; le Bayou Saint-Jean, où il trouva refuge et soutien auprès de Janot; et la ville de la Nouvelle-Orléans où il fut capturé.

Indigo, travail et vieillesse

En s’identifiant devant le tribunal, Jeanot ne précise pas s’il est né en Louisiane ou en Afrique de l’Ouest, et il ne donne pas non plus son ethnonyme (ce que les Français appelaient sa « nation »). Nous ne savons pas davantage quand Désilets a fait l’acquisition de Jeanot. Ce dernier ne faisait pas partie des esclaves achetés par Désilets en 1750 du domaine de feu Dame Anne Bertin. Étant donné l’âge de Jeanot, il est possible qu’il ait fait partie des dix-huit individus esclavisés dont Désilets et sa fratrie avaient hérité à la mort de leur père en 1734. En 1773, au moment où l’habitation fut évaluée, elle comportait 18 arpents de façade sur 23 de profondeur, entourés de clôtures divisées en quatre parties, situées à quatre lieues de la ville en amont du fleuve, contenant une maison, un entrepôt, une usine, une indigoterie, une cuisine, ainsi que trente-neuf Africains esclavisés « de tous âges et sexes » (Figure 2).2

En 1773, au moment où l’habitation fut évaluée, elle comportait 18 arpents de façade sur 23 de profondeur, entourés de clôtures divisées en quatre parties, situées à quatre lieues de la ville en amont de ce côté du fleuve, contenant une maison, un entrepôt, une indigoterie, une cuisine », ainsi que trente-neuf Africains esclavisés « de tous âges et sexes » (Figure 2).

Figure 2

[Jean-François-Benjamin] Dumont de Montigny, “Concession des chaoüachas appartenante cy devant a mgr. le duc de bellisle et associez,” 1747. From Dumont de Montigny, “Mémoire de Lxx Dxx officier ingénieur, contenant les evenements qui se sont passé à la Louisiane depuis 1715 jusqu’à present: ainsi que ses remarques sur les moeurs, usages, et forces des diverses nations de l’Amerique Septentrionale et de ses productions,” 1747. VAULT oversize Ayer MS 257. Edward E. Ayer Digital Collection. Courtesy The Newberry Library, Chicago

Dumont de Montigny’s 1747 watercolor shows one Louisiana plantation, the Chaoüachas, which included indigo works. He also signaled the location of the plantation’s segregated cabins that housed its enslaved workers.

L’indigo, auquel se réfère Jeanot dans son interrogatoire, était l’une des cultures de base cultivées dans les plantations de la Louisiane pour l’exportation. En 1742, Désilets passe contrat avec la veuve de son père, Madame Laurence Le Blanc, pour faire construire une indigoterie sur la plantation (Figure 3). Élément clé de ce contrat, Désilets devait lui fournir « quatre negres masles pendant deux mois et demy », probablement pour l’aider à construire la machinerie mais aussi pour être formés à son utilisation. Jeanot faisait peut-être partie de ce groupe. Les feuilles et les tiges de la plante indigo étaient récoltées pour en faire une teinture bleu vif de qualité, au moyen d’une méthode délicate, parfois dangereuse et technologiquement complexe (Figure 4). Bien que les femmes esclavisées travaillent aussi au champ à la culture de l’indigo, seuls les hommes recevaient les compétences nécessaires pour utiliser l’équipement. Par contre, la culture et la teinture de l’indigo étaient établies depuis bien plus longtemps en Afrique de l’Ouest que dans les colonies européennes. Jeanot, selon ses origines, pouvait avoir déjà une certaine connaissance de cette plante, même si les méthodes et les équipements des Français différaient légèrement des techniques et des puits d’indigo d’Afrique de l’Ouest.3

Figure 3

Indigoterie. Tiré de [Jean Baptiste] DuTertre, Histoire generale des Antilles habitées par les françois . . . , II (Paris, 1667), planche dépliante suivant la p.106, à « Production d’indigo, Indes occidentales françaises, 1667 », Slavery Images : A Visual Record of the African Slave Trade and Slave Life in the Early African Diaspora, http://slaveryimages.org/s/slaveryimages/item/1205

Cette gravure publiée en 1667 montre le type de culture et de travail de l’indigo établis par les Français dans les Antilles.

Figure 4

“Toilles de Cotton peintes à Marseilles,” 1736. Tissus du XVIIIe siècle. Collection Richelieu. Département Estampes et photographie. RÉSERVE LH-45-BOÎTE-FOL 29-nos 133–140. Avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de France, Paris.

Échantillons de cotons imprimés de fabrication française en imitation des indiennes importées de l’Inde, datant de 1736, avec un fond bleu indigo.

Si la culture de l’indigo était destinée à l’exportation, le maïs, dont Jeanot était responsable, était un aliment de base du commerce intérieur de la Louisiane. La surveillance des champs de maïs était le genre d’occupation que l’on confiait souvent aux esclaves âgés comme Jeanot. Contrairement à l’indigo, le maïs était vulnérable aux ravages des animaux, y compris du bétail domestique qui errait librement. Reflétant la réalité brutale selon laquelle les esclaves, pour les propriétaires, étaient avant tout des marchandises, la productivité plus faible des esclaves les plus âgés signifiait qu’ils étaient moins valorisés que les esclaves plus jeunes, voire même considérés comme sans valeur aucune. Comme l’a soutenu un propriétaire d’esclaves devant un tribunal alors qu’il était poursuivi pour le paiement ou la restitution de quatre esclaves achetés en 1752, non seulement l’un d’entre eux était mort depuis, mais « que si on vient a Reprendre Les negres, ou qu’on Les fasse vendre, ils ne seront jamais vendüs par rapport a Leur viellesse moitié du priz de Leur achat ». En revanche, Jeanot pouvait s’attendre à recevoir du respect au sein de la communauté des esclaves, car en Afrique de l’Ouest, les anciens étaient vénérés.4

Le soutien communautaire aux fugitifs

Pendant son interrogatoire, Jeanot reconnaît avoir été en fuite pendant environ cinq mois, ce qui conduit le tribunal à l’inciter à expliquer comment il avait survécu. Désireux d’utiliser le témoignage de Jeanot pour lui soutirer des informations sur d’autres réseaux de fugitifs et d’identifier ceux qui l’avaient aidé, les interrogateurs lui posent une série de questions suggestives qui mettent en lumière le soutien communautaire qu’il a reçu au Bayou Saint-Jean, plus particulièrement de la part de l’esclave Janot (Figure 5). L’aide que d’autres personnes esclavisées apportaient aux fugitifs étaient souvent essentielle pour leur survie. Le type de soutien communautaire variait, mais il n’était ni insignifiant ni entrepris à la légère. Mesurant les risques qu’il encourait à venir en aide à un esclave fugitif, Janot n’en a pas moins apporté son secours à Jeanot, pleinement conscient qu’il s’agissait de son devoir, et que cette aide était cruciale à la survie de son aîné. Jeanot finira par trahir sa confiance en désignant Janot au tribunal. Ce dernier ne fut pas poursuivi en justice, mais son maître l’a très certainement puni.5

Figure 5

Jean-François-Benjamin Dumont de Montigny, Plan de la Nlle. Orleans, ville capitalle de la Louissianne, [1747]. Collection de cartes manuscrites Edward E. Ayer. Voûte des objets surdimensionnés Ayer MS 257, carte no 7. Avec l’aimable autorisation de la  Newberry Library, Chicago.

Sur la carte de 1747 de la Nouvelle-Orléans, par Dumont de Montigny, le Bayou Saint-Jean est indiqué en haut à droite. À noter dans cette aquarelle le soin que met de Montigny à identifier le chemin bien tracé qui relie la ville au Bayou Saint-Jean.

Jeanot n’était pas le seul des esclaves de Désilets à avoir cherché à s’enfuir durant cette période. En juillet de la même année, Charlot est capturé et poursuivi pour marronnage. Augustin Poliche est également arrêté en juillet. Il explique qu’il « a dit qu’il a toujour resté derriere l’habitation de son maitre et qu’il a vecu avec des pommes de terre, qu’il faisoit cuire avec du poisson qu’il pechat a la ligne qu’il avoit emporté avec luy et quil a été des jours entier sans manger »). L’année suivante, en février 1765, un autre esclave de Désilets, Essom, de la nation Nago, est appréhendé.6

Quant à Jeanot, les juges l’ont reconnu coupable de marronnage. Bien qu’en vertu de l’article 20 du code noir de 1724, le Conseil supérieur de la Louisiane était tenu d’enquêter et de poursuivre les maîtres qui ne respectaient pas leur obligation de nourrir et d’habiller leurs esclaves et de subvenir à leurs besoins, et que l’article 21 stipulait que les esclaves âgés et infirmes abandonnés par leurs maîtres devaient être pris en charge par l’hôpital le plus proche et que leurs maîtres soient facturés pour leur nourriture et leur entretien, les juges ont choisi de ne pas enquêter sur les allégations de négligence de Jeanot de la part de son maître. La cour a fermé les yeux sur ses propres lois et n’a montré aucune pitié envers Jeanot. Bien au contraire, s’appuyant sur l’article 32 sur les esclaves qui s’étaient enfuis pendant plus de trente jours, les juges ont condamné l’homme de soixante-cinq ans à avoir les oreilles coupées et à être marqué au fer d’une fleur-de-lis (la fleur de lys stylisée était le symbole de la couronne française), avant d’être reconduit à Désilets (Figure 6).7

Figure 6

Unknown, Histoire véritable et facécieuse d’un espaignol, lequel a eu le fouet et la fleur de lis dans la ville de Thoulouze pour avoir dérobé des raves et roigné des doubles, 1630. Engraving. Recueil. Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’histoire de France. Tome 27, pieces 2313–2409, période: 1630–1632. Collection Michel Hennin, 2361. Département Estampes et photographie. RESERVE QB-201 (27)-FOL. Courtesy Bibliotheque nationale de France

In this rare depiction of a judicial branding, we see a hot iron shaped like a fleur-de-lis being applied to the right shoulder of a convicted criminal in 1630 France. 

Links

Link 1: Indigo

A. Trabalho do terreno para se plantar hum Indigoal, e para o colher. From Josè Mariano da Conceicao Velloso, O fazendeiro do Brazil, cultivador . . . , II (Lisbon, 1806), Plate 1, foldout following p. 341 (copy in the John Carter Brown Library, Brown University, Providence, R.I.), at “Cultivation of Indigo, French West Indies, Late 18th Cent.,” Slavery Images: A Visual Record of the African Slave Trade and Slave Life in the Early African Diaspora, http://slaveryimages.org/s/slaveryimages/item/1146)

B. Indigoterie. From [Jean Baptiste] DuTertre, Histoire generale des Antilles habitées par les françois . . . , II (Paris, 1667), foldout plate following p. 106, at “Indigo Production, French West Indies, 1667,” Slavery Images: A Visual Record of the African Slave Trade and Slave Life in the Early African Diaspora, http://slaveryimages.org/s/slaveryimages/item/1205

C. “Toilles de Cotton peintes à Marseilles,” 1736. Tissus de XVIIIe siècle. Collection Richelieu. Département Estampes et photographie. RESERVE LH-45-BOITE-FOL 29-nos. 133–140. Courtesy of Bibliothèque nationale de France, Paris

D. Baba Coulibaly and Mohomodou Houssouba, “Lifelong Learning with Indigo in Mali: Seeing Blue and More with Groupe Bogolan Kasobane,” International Institute for Asian Studies, The Newsletter, 87 (Autumn 2020), 48–49, https://www.iias.asia/the-newsletter/article/lifelong-learning-indigo-mali-seeing-blue-and-more-groupe-bogolan-kasobane

E. “Slavery in Louisiana: The Whitney Plantation,” Whitney Plantation, https://www.whitneyplantation.org/history/slavery-in-louisiana/

Interrogatory of Jeanot (Interrogatoire de Jeanot)

Transcription

Interrogatory[page 1]

pre-page No. 1832
 [paraphe de Garic]

12 [avril] 1764.
 Interrogatoire
 du nègre [Jea]not

Interrogatoire fait par nous Louis piot de Launaÿ
 Conseiller Commissaire en Cete partie au nommé Jeanot
 Negre appartenant auSr. Desilotz1 a La Requette de Mr. Le
 procureur gl. Du Roÿ et En Vertu de Lordonnance de Mr.
 Dabbadie Directeur general et Commandant pr. Le Roÿ
 La province de La Loüizia[ne] et per. Magistrat au Conseil
 Superieur Dicelle. En datte de Ce Jour Douze avril

Du 12. avril 1764.

a Eté emmené Des prizons Roÿalles de Cette Ville en La
 chambre Criminelle de Justice Le nommé Jeanot
 Negre appartenant a Mr. Desilets. Le quel a pris serment
 par Luÿ prété de Dire verité sur Ce quil seroit par
 nous interrogé a Dit Sappeller [Jeanot] agé de
 soixante et Cinq ans, catholique apostolique et Romaine
 Interrogé pour quoÿ il est En prizon et qui Lŷ a fait
 metre, et Combien de tems il ÿ avoit quil etoit
 En prizon.
 A Dit que Mr. Desilets et son fils2 La voient trouvé
 Dans La Rue demmandant La charité, et Luÿ
 avoient dit pourquoÿ il etoit dans La Rue et
 quil Leur avoit Repondu que naÿant rien a
 manger dans Lhabitation, il etoit obligé de Mandier
 pour vivre, que L’Été dernier son Maitre naÿans
 point fait dindigot setoit attaché a faire beaucoup
 de Mahis, [Lequel] Mahis Le dit negre etois chargé
 pour Le garder, qui nonobstant ses soins Comme Cette
 terre netoit point entourée, Les cheveaux ne Laissoint
 pas que dentrer et chevreuils, Et faire beaucoup
 de Ravages, que son Maitre faché Le maltroitoit

Cer DeLaunay
 Garic Greffer

[page 2]

Seconde page

et pendant tout Lhiver ne Luÿ auroit donné
 La moindre choze ni Capot ni chemize pour
 se prezerver des inclemences de La Rude saison
 et a Dit quil ÿ a environ Cinq mo[is] qu’il est
 Marron par Raport a Cela.
 Interrogé qui est Ce qui L’avoit nourri pe[ndans]
 son Marronage, et ou Est ce quil avoit Resté pendant
 Le dit temp
 a Dit quau Baÿou St. Jean près du Corps de garde
 il avoit rencontré Le negre Janot appartenant
 a Mr. Dubois, qui Luÿ dit Reste avec moÿ Je te
 nourrirai et t’abillerai quil ÿ avoit Resté avec Luÿ
 Environ trois mois, et qu’ensuite il Revint a La
 Ville Mandier son pain, qu’en tous temp il avoit
 Resté environ Cinq mois Dans son Marronage
 et quil alloit toujours, Coucher au bord de Leau
 où il fezoit Du feu, naÿant Jamais Couché dans
 aucunne Cabanne
 Interrogé sil n’avoit volé personne pendant son
 Marronage [?] et sil n’avoit Recu aucuns secours
 des autres Negres Marrons.
 a Dit quil n’avoit pas volé un poille, ni
 Rencontré aucun negre Marron.
 Interrogé si Les negres qui tuoient vaches ou voloient
 Bestiaux ne Luÿ en avoit point volé.
 a Dit que Non et quil navoit vü aucun negre
 Marron, et que sil ÿ avoit été Luÿ meme Cest
 que son Maitr[e] ne Luÿ donnoit aucuns vivres
 ni aucuns habits pour Le Garantir Du froit

DeLaunay Garic Greffr

[page 3]

Troisieme et d.re page
 DeLaunay

qui est tout Ce quil a Dit scavoir
 Lecture a Luÿ faite du prezent interrogatoire
 a Dit ses reponses Contenir verité, ÿ a persisté
 et n’a scu signé de Ce Enquis etc

DeLaunay
 Garic Greffr

Ce fait avons fait ramener Le dit Negre dans
 Les prizons Roÿalles par Le Geolier et avons
 ordonné et ordonnons que Le prezent, interrogatoire
 sera Communiqué au procureur General du
 Roÿ pour ÿ prendre Droit et Requerir Ce quil
 appartiendra et avizera.
 Donné en La chambre Criminelle de
 Justice Le Jour et an sus dit

DeLaunay
 Garic Greffr

[page 4, blanche]

[page 5]

Vu le proces Criminel extraordinairement instruit
 a ma requeste Contre le Négre nommé Jeannot appt.
 Au Sr. Desislet[re] accusé et prisonnier en prison civiles
 de cette Ville
 Ma requeste pour que ledt. Negre soit interrogé du
 12. Avril 1764.
 l’ordonnance Au bas du premier juge de meme datte
 Qui nomme M. Delaunay Conseiller Commissaire
 raporteur
 linterrogatoire Subi parled. Accusé de meme jour
 Je Requiere pour le Roi que led. Négre nommé
 Jeannot Accusé et prisonnier es prisons civiles de
 Cette Ville soit declaré duement atteint et Convaincu
 d’estre Maron depuis cinq mois pour reparation
 de quoy qu’il soit Condamné a avoir les oreilles Coupées
 et estre marqué d’une fleur de Lis sur l’epaule dextre
 par l’executeur de la haute justice, que l’arrest a intervenir
 sera lû, publié et affiché es lieux accoutumés et que Copies
 Collationnées en seront envoiées dans les postes A la Nlle
 
Orleans le 14 avril 1764.

Lafreniere

[pages 6, 7, 8, blanches]

[page 9]

A Monsieur Dabbadie commandant Pour Le3
 Roy commissaire general de la marine, et Premier
 juge au Conseil Superieur de la Province de La
 Louisianne
 Remontre Le Procureur general du Roy audt. conseil
 quil y a dans Les Prisons civille un negre nommé
 jannot appartenant A Mr desillets atteint et
 convaincu de maronage comme le delit interesse
 La vindicte Publique je Requiere pour Le Roy
 que ledt. negre soit [murement] interrogé sur ledt fait
 de maronage, circonstance et dependence par tel
 commissaire quil Plaira nommer pour ledt interrogatoire
 metre communique Etre Requis ce qui de droit et
 etre ordonné ce quil appartiendra a la nlle orleans
 Le 12 avril 1764

Lafreniere

Soit Ledt. negre interrogé par M delaunay cons[r]
 comre nommé en cette Partie pour ledt. interrogatoire
 etre communiqué au Procureur general du Roy
 etre Requis ce que de droit et etre ordonné ce quil
 appartiendra a La nlle orleans Le 12 avril 1764

Dabbadie

[page 10, blanche]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans, 1764/04/12/01 (year/month/day/sequence).

Translation

[page 1]

pre-page No. 1832
 [paraphe of Garic]

12 April 1764
 Interrogatory
 of the negre Jeanot

Interrogatory made by me, Louis Piot de Launaÿ,
 councilor commissioner in this part, of the named Jeanot,
 negre belonging to Sr. Desilotz, at the request of the
 attorney general of the king, and according to the order of Mr.
 D’Abbadie, director general and commander for the king of
 the province of Louisiana and first magistrate of its Superior
 Council. Dated this day twelfth April.

12 April 1764

Has been brought from the royal prisons of this town into the
 criminal justice chamber the named Jeanot,
 negre belonging to Mr. Desilets, who has sworn
 to tell the truth, whereupon was
 interrogated by us and said he was named [Jeanot] aged
 sixty-five years, Roman Catholic and Apostolic.
 Interrogated why he is in prison and who had him
 put there, and how long he had been
 in prison?
 Said that Mr. Desilets and his son1 had found him
 in the street asking for charity and
 had said to him, “Why was he in the street,” and
 he had replied that having nothing to
 eat at the plantation he was forced to beg
 to live. That the previous summer his master, having
 made no indigo, had decided to grow a lot
 of maize, which maize the said nègre was charged
 with watching, that notwithstanding his care, as this
 land was not fenced in, the horses kept
 coming in, and the deer [also], and made much
 damage. That his master was angry, ill-treated him,

C[ouncil]or DeLaunay
 Garic clerk

[page 2]

Second page

and during the whole winter did not give him
 the slightest thing, neither capot2 nor shirt,
 to protect himself from the inclemencies of the harsh season,
 and said that it is since about five months that he is
 a runaway because of this.
 Interrogated as to who had fed him during
 his marronage and where he had stayed during
 the said time?
 Said that at Bayou Saint Jean near the guardhouse
 he had met the negre Janot belonging
 to Mr. Dubois, who told him, “Stay with me I
 will feed you and dress you,” that he stayed there with him
 for about three months, and that afterward he returned to the
 town to beg for his bread, that during that entire time he had
 stayed about five months a runaway,
 and that he always went to sleep by the water’s edge
 where he made his fire, having never slept in
 any cabin.
 Interrogated if he had stolen anything from anyone during his
 marronage and if he had not received any help
 from other runaway negres?
 Said that he had not stolen one hair nor
 met any other runaway negre.
 Interrogated if the negres who killed cows or stole
 livestock had not stolen any for him?
 Said that no and that he had not seen any
 runaway negre, and that if he had been one himself
 it was because his master gave him no food
 nor clothes to protect him from the cold.

DeLaunay Garic clerk

[page 3]

Third and last page
 DeLaunay

Which is all that he said he knew,
 the present interrogatory was read back to him,
 said his responses contained the truth, persisted in this,
 and did not know how to sign, this inquired [of him], etc.

DeLaunay
 Garic clerk

This done, we had the said negre taken back to
 the royal prisons by the jailer and have
 ordered and do order that the present interrogatory
 be communicated to the attorney general of the
 king to consider it and require that which
 appertains and that he advises.
 Given in the criminal justice
 chamber the said day and year.

DeLaunay
 Garic clerk

[page 4, blank]

[page 5]

Seen the criminal procedure extraordinarily instructed
 at my request against the negre named Jeannot belonging
 to Sr. Desislet[re], accused and prisoner in the civil prisons
 of this town.
 My request for the said negre to be interrogated,
 dated 12 April 1764,
 the order at the bottom [of the page] from the first judge of the same date
 Which names M. Delaunay councilor commissioner
 and reporting judge,
 the interrogatory undergone by the said accused of the same date,
 I require for the king that the said negre named
 Jeannot, accused and prisoner in the civil prisons of
 this town, be declared duly convicted
 of being a runaway for five months for reparation
 of which he be condemned to have his ears cut
 and to be branded with a fleur-de-lis on the right shoulder
 by the executor of high justice3, that the judgment
 will be read, published, and posted in the customary places, and that collated
 copies will be sent to the posts4. At New
 Orleans the 14 April 1764.

Lafreniere

[pages 6, 7, 8, blank]

[page 9]

To Mr. D’Abbadie commander for the5
 king, commissioner general of the Marine, and first
 judge of the Superior Council of the province of
 Louisiana,
 the attorney general of the king at the said council
 advises that there is in the civil prisons a negre named
 Jannot belonging to Mr. Desillets duly
 convicted of marronage. As the offense concerns
 the public good, I require for the king
 that the said negre be carefully interrogated on the facts,
 circumstances, and dependencies of his marronage, by such
 commissioner as it pleases him to name for said interrogatory,
 this to be communicated to me, this so requested
 and ordered that which appertains. At New Orleans
 the 12 April 1764.

Lafreniere

Ordered that the said negre be interrogated by M. Delaunay, councilor
 commissioner named in this part to conduct said interrogatory,
 to be communicated to the attorney general of the king,
 and be requested by rights and be ordered that which
 appertains. Made in New Orleans the 12 April 1764.

D’Abbadie

[page 10, blank]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans, 1764/04/12/01 (year/month/day/sequence).

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