Note éditoriale

Note éditorialeÉtant donné que ce projet repose sur une attention toute particulière apportée à deux processus, la transcription, et la traduction moderne en Anglais de textes manuscrits du dix-huitième siècle, une note au lecteur s’impose.

Les manuscrits

Les manuscritsLes témoignages livrés devant les tribunaux français au dix-huitième siècle étaient transmis oralement; ils étaient transcrits par des greffiers. On trouve aussi parmi les archives judiciaires des documents écrits par des membres du Conseil supérieur de la Louisiane, par le procureur général et parfois par des personnes impliquées dans le procès, par exemple des lettres adressées au tribunal et conservées dans les archives judiciaires. L’orthographe n’était pas standardisée au dix-huitième siècle, tant pour les noms de personnes que pour les mots de la langue, de telle sorte qu’il peut y avoir des variantes au sein d’un même document. On note aussi d’autres variations orthographiques, certaines étant assez courantes (comme l’emploi interchangeable du s et du z), et d’autres plus spécifiques à l’orthographe ou à l’écriture manuscrite d’une personne en particulier. Les lettres manuscrites ne peuvent pas toujours être transcrites typographiquement, bien que tous les efforts aient été déployés pour que les transcriptions soient faites le plus fidèlement possible. En outre, selon les conventions des tribunaux français de l’époque, les greffiers n’étaient pas tenus d’utiliser des signes de ponctuation ou des accents.

En dépit de mon engagement à préserver le texte original dans les transcriptions, certains choix éditoriaux n’en ont pas moins dû être faits. Dans mes transcriptions du français, j’ai conservé l’orthographe, les majuscules et la ponctuation d’origine, mais j’ai ajouté des accents ici et là et clarifié certaines abréviations pour éviter toute ambiguïté. J’ai éliminé les marques parasites et autres bizarreries graphiques, et inséré à l’occasion des mots interpolés entre crochets au-dessus de la ligne d’un texte. Le lecteur pourra se référer à la page manuscrite s’il souhaite comparer la transcription avec l’original. 

À tous ces problèmes de transcription, il faut ajouter les ravages du temps subis par les archives. Certains documents sont déchirés ou pliés; des marques d’encre au verso sont parfois visibles au recto, de même que des traces de colle (résultant d’anciennes tentatives de conservation). Dans les transcriptions et les traductions, j’utilise l’abréviation « [dam.] » là où un document est endommagé à l’endroit même où un mot était écrit, et des crochets quand un mot ou une partie de mot sont encore lisibles. J’utilise l’abréviation « [ill.] » quand l’extrait est totalement illisible.

Les transcriptions

Les transcriptionsDans l’ensemble, les documents parviennent de manière étonnante à rendre la saveur particulière des témoignages livrés oralement, jusqu’à inclure des dialogues (qui comprennent parfois des extraits en créole), des métaphores et des expressions idiomatiques. Dans mes transcriptions, j’ai retenu les signes de ponctuation et les majuscules, les dates, les notes marginales et les signatures, sans les standardiser.

Autant que possible, les transcriptions présentent les textes tels quels; j’ai conservé dans les transcriptions et les traductions, les termes, certes problématiques, qui revêtent une importance particulière dans la Louisiane du dix-huitième siècle. Le marronnage renvoie en français et en anglais au fait d’être fugitif : ce terme a été conservé en traduction anglaise. En revanche, être marron ou un marron signifie en français être fugitif (alors que l’anglais maroon n’en est pas l’équivalent exact, de telle sorte que les mots runaway ou running away sont utilisés en traduction). Les mots « negre et « négresse » (ou, plus rarement, « negritte » et « negrillon » pour désigner, respectivement, une fillette ou un garçon) renvoient à des hommes et femmes d’origine africaine, qu’ils soient nés en Afrique ou pas, libres ou esclavisés : ces variations rendent problématique l’emploi d’un terme plus neutre étant donné qu’on ne dispose pas toujours d’informations suffisantes pour déterminer si la personne est libre ou esclavisée, ni quel est son lieu de naissance. Dans son sens au dix-huitième siècle, le mot créole désigne toute personne d’origine étrangère dans la colonie, qu’elle soit d’ascendance africaine ou européenne. Quand sont mentionnés le lieu ou le groupe ethnique d’origine en Afrique d’un témoin (ce que les Français appellent la « nation »), et plus particulièrement si ces renseignements sont fournis par le témoin lui-même, ceux-ci ont été conservés.  

Dans les commentaires, j’ai gardé les renvois aux propriétaires de personnes esclavisées, car cet élément d’information était exigé par la loi quand celles-ci témoignaient. Cette décision n’a pas été faite à la légère car cela permet d’identifier et de retracer plus facilement les personnes qu’on n’identifie dans les archives que par leur seul prénom. À l’inverse, j’ai évité la pratique éditoriale courante consistant à fournir des renseignements sur toutes les personnes mentionnées. J’ai cherché ainsi à tenir compte du déséquilibre des informations disponibles sur les personnes esclavisées par rapport aux colons, aux procureurs, aux juges ou aux responsables mentionnés dans les textes, l’objectif de ce projet étant de jeter la lumière sur les esclaves et leurs témoignages et, de cette façon, de revendiquer pour eux leurs archives de témoignages. 

Suggestions de ressources bibliographiques :  

Abel Boyer, Dictionnaire royal françois-anglois et anglois-françois, tiré des meilleurs auteurs qui ont écrit dans ces deux langues; par A. Boyer…, 2 vol. (Lyon, 1780)

« Dictionnaires d’autrefois », The ARTFL Project, https://artfl-project.uchicago.edu/content/dictionnaires-dautrefois

Dictionnaire de l’Académie française, https://www.dictionnaire-academie.fr

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