Jannot, 1743

Un témoin esclavisé met en valeur son attitude protectrice envers sa femme tout en corroborant l’existence de cérémonies vaudoues. 

CommentaireLa toute première référence au vaudou en Louisiane provenant d’un esclave est attribuée à un certain Jannot, homme de 37 ans, alors interrogé en septembre 1743 dans le cadre d’une enquête sur la disparition d’un colon nommé Corbin. Lors de son interrogatoire, on demanda à Jannot « sil a ete aux badinage qui [sest fait] chez le sr corbin avant sa mort » et si l’on chanta des « Chansons Negres Et En Cette langue » on avait chanté la mort du sieur Corbin. Il répondit qu’il était présent et « que l’on Chanta Negre Mais quil nen[tend] pas la Langue des Negres fonds [fons] qui E[taient] Ceux qui Chantoient ». Le procureur le questionna également au sujet de rites dont celui-ci était au courant, et qu’il relia à cette cérémonie, notamment le versement d’eau ou d’alcool sur la tête du mort (ou d’une effigie de celui-ci), et des rats attachés au haut de longues cannes. En dépit de leur signification pour les enquêtes menées par le procureur sur les allées et venues de Corbin et sur son possible meurtre (sans parler de leur intérêt pour les historiens), les détails de la cérémonie paraissent toutefois de moindre importance pour Jannot. Pour lui, l’élément clé de son témoignage était l’occasion que lui fournissait sa présence devant le Conseil supérieur de faire étalage de la violence et des mauvais traitements subis par sa femme aux mains de leur maîtresse, Dame Léonard. Bien qu’ils ne semblent pas reliés, le souci du procureur de déterminer le sort de Corbin, d’une part, et l’intention de Jannot de rappeler l’expérience traumatique de sa femme, d’autre part, constituent en fait les deux pôles de ce procès, chacun d’eux reflétant une vision diamétralement opposée des faits et, de façon plus fondamentale encore, de la nature du véritable crime commis – le meurtre d’un colon ou les pratiques abusives sur une femme esclavisée.1

Le procès

Commentaire – Le procèsLe procès fait suite à la demande de la mère de Corbin, la veuve Baschemin, qu’une enquête soit menée sur la disparition de son fils. Corbin avait été vu pour la dernière fois le 13 juin 1743 après qu’il eut été chasser sur ses terres au Détour des Anglais (English Turn), un établissement situé à près de deux lieues et demie, ou environ dix kilomètres, en aval de la Nouvelle-Orléans (Figure 1). Lui et son frère cadet Pierot avaient eu de nombreuses altercations avec un esclave du nom de Pompée, appartenant à un colon dénommé Chapron. Corbin avait cherché à maintes reprises à surveiller les actions de Pompée et à restreindre ses mouvements, allant jusqu’à le capturer (sans autorité) et à le menacer avec une arme à feu avant de le ramener à son maître. L’on s’en doute bien, ce type de surveillance informelle était monnaie courante, même si elle est rarement documentée : les colons blancs veillaient aux intérêts des uns et des autres, certains prenant sur eux de maîtriser et de capturer des Noirs, risquant de blesser les esclaves d’autres colons au moyen de menaces, d’actes de violence et de cruauté. Donnant des détails sur les interactions de ses deux fils avec Pompée, qu’elle identifiait comme ce « quoquin », « drole » et « tres mauvais suget », la veuve Baschemin écrivit directement au procureur général Jean-Baptiste Raguet, qu’elle connaissait, le suppliant de faire enquête et d’interroger Pompée sous la torture judiciaire.2

Figure 1

Artiste inconnu, Carte particuliere du flevue [sic] St. Louis dix lieües au dessus et au dessous de la Nouvelle Orleans u sont marqué les habitations et les terrains concedés à plusieurs particuliers au Mississipy, vers 1723. Collection de cartes manuscrites Edward E. VOÛTE tiroir MS carte 30, feuillet 80. Avec l’aimable autorisation de la Newberry Library, Chicago

Cette carte française datant d’environ 1723 montre le cours du fleuve Mississippi (que les Français appelaient alors le fleuve Saint-Louis) et délimite les diverses parcelles de terrain et les habitations des Français sur les deux rives du fleuve, en amont et en aval de la Nouvelle-Orléans. On aperçoit le Détour des Anglais (English Turn) du côté droit de la carte, en aval de la Nouvelle-Orléans.

En fin de compte, deux hommes esclavisés furent recherchés pour interrogatoire, l’un, Pompée, comme suspect, et l’autre, Jannot, comme témoin. Bien qu’on l’ait cru responsable du meurtre de Corbin, Pompée ne fut jamais capturé, de sorte que les questions préparées pour lui à l’avance par le procureur demeurent sans réponse dans les archives judiciaires. L’enquête piétina jusqu’à la fin d’août, où une rumeur courut selon laquelle Jannot, un esclave appartenant à un colon du nom de Léonard, savait qui avait tué Corbin. Contrairement à Pompée, Jannot eut moins de chance d’échapper à un système judiciaire qui cherchait à le contraindre de témoigner. Au moment où le tribunal décida de l’interroger, Jannot était un esclave fugitif, et chose rare, les archives du procès documentent la méthode sournoise dont le propriétaire de Jannot se servit d’un propriétaire d’esclaves voisin pour le saisir afin de l’interroger. Attiré par une fausse promesse de grâce de son maître, Jannot fut plutôt envoyé à la Nouvelle-Orléans pour y être interrogé.3

Travail et violence

Commentaire – Travail et violenceL’interrogatoire de Jannot fournit à ce dernier plusieurs occasions de détailler le traitement que lui – et surtout sa femme – avaient subi aux mains de leurs maîtres esclavagistes. Mais d’abord, comme pour tous les interrogatoires, le procureur demanda à Jannot de s’identifier. Jannot répondit qu’il avait trente-sept ans, était de la nation Bambara et qu’il était baptisé (Figure 2). D’après le greffier, il semblait « parler bon françois et L’entendre pariellement [sic] ». Le procureur procéda ensuite à poser une série de questions sur la relation qu’il avait avec son maître, l’incitant à expliquer pourquoi il s’était enfui. Dans ses réponses, Jannot révèle beaucoup plus sur sa vie que le strict nécessaire. Par exemple, son témoignage jette la lumière sur ses responsabilités dans la culture du riz. Le riz était cultivé en Sénégambie, d’où Jannot était originaire, et la connaissance en Louisiane de cette culture spécialisée peut être directement attribuée aux Africains amenés d’Afrique de l’Ouest. Le capitaine du premier navire négrier envoyé en Louisiane à partir des côtes africaines, L’aurore, lequel quitta Ouidah le 30 novembre 1718, avait reçu l’ordre d’acquérir non seulement trois ou quatre barils de riz propre à la culture, mais également quelques esclaves qui savaient le cultiver. Autrement dit, ce n’était pas uniquement la main-d’œuvre africaine que les esclavagistes souhaitaient acquérir, mais aussi leur expertise. De plus, Jannot donna des détails sur le rythme de sa journée de travail et l’importance de l’heure des repas partagés avec sa femme, fait démontrant qu’il tirait parti de son statut de travailleur spécialisé pour négocier avec Léonard ses conditions de travail et ses pauses-repas.4

Figure 2

N[icolas] de Fer, L’afrique, ou tous les points principaux sont placez sur les opservations de messieurs de l’academie royale des sciences, 1761. Département cartes et plans. GE D-11409. Courtoisie de la Bibliothèque nationale de France, Paris

Carte de l’Afrique par N[icolas] de Fear, 1761.

Bien qu’il ait été victime de violence aux mains de son maître (Léonard le menaça un jour directement avec une arme à feu), Jannot s’en prit principalement à Madame Léonard. Tirant profit de l’occasion que lui offrait son rôle de témoin, il fit état des abus que subissait sa femme aux mains de sa maîtresse, qui la battait souvent « sans Raison ». Jannot avait la mémoire longue : ainsi, il décrivit en détail un incident où, environ quatre ans plus tôt, Dame Léonard les avait terrorisés, sa femme et lui, au moyen d’une hache, et une autre occasion où sa femme fut frappée alors qu’elle avait « Beaucoup Mal aux dents ». Les actions de Dame Léonard étaient peut-être motivées par les abus sexuels de son mari sur la femme de Jannot, quoique cela n’ait pas été abordé devant le tribunal (le silence sur les abus sexuels était la norme). Jannot raconta en outre que Dame Léonard avait menacé de l’emmener en ville pour y être fouetté (en public, sur la Place d’armes) et monta son mari contre lui, alléguant que Jannot voulait tuer son maître. C’était cette menace de le faire fouetter qui avait finalement incité Jannot à s’enfuir.5

Si la procédure judiciaire française permettait à Jannot de s’écarter autant qu’il le souhaitait des questions posées, cela ne signifiait pas que le procureur s’écartait pour autant de son enquête sur la disparition de Corbin afin d’investiguer les plaintes de Jannot contre ses maîtres. La violence contre les esclaves était quotidienne. Même si les personnes esclavisées dénonçaient souvent des abus devant les procureurs et juges, aucun procureur de la Louisiane n’a jamais pris de mesures pour ordonner une enquête ou engager des poursuites, et ce en dépit de l’Article 38 du code noir de 1724 qui défendait aux propriétaires d’esclaves de « torturer » ou de « mutiler » ceux-ci. Ce refus d’agir tenait en partie à la barre très élevée imposée par la loi pour définir ce qui était un abus criminel des esclaves. Tout en stipulant les motifs pour lesquels un propriétaire d’esclaves pouvait être poursuivi en justice, la loi leur conférait un vaste pouvoir discrétionnaire; ainsi, « lorsqu’ils croyront que leurs esclaves l’auront merité, de les faire enchaisner & battre de verges ». Cette disposition, comme le montre ce procès, permettait aux voisins et à d’autres Blancs d’assumer la tâche de surveiller les esclaves des autres en toute impunité, tel que le firent Corbin et son frère. Jannot savait sans doute que le procureur ne ferait rien concernant son traitement et celui de sa femme. Les questions sur sa résistance à son maître et à sa maîtresse, de même que sur sa fuite n’étaient pas motivées par le souci que portait le procureur pour son bien-être. Jannot se doutait probablement aussi que ce qu’il dirait en cour serait rapporté à ses propriétaires. Il parla néanmoins des abus subis avec passion, émotion, droiture et dignité.6

Le vaudou

Commentaire – Le vaudouAu sujet des événements ayant précédé la disparition et le meurtre présumé de Corbin, le ton de Jannot était plus monocorde. Le procureur général déclara officiellement qu’avait eu lieu « un service a la mode d[es] negres » deux mois exactement avant la disparition de Corbin où « lon y chanta des chansons [neg]res et en cette [dam.] mort dudt Corbin ». À aucun moment, Jannot n’admet savoir qui a tué Corbin, mais en réponse aux questions, il confirme avoir été présent à cette cérémonie. C’est à ce point de son interrogatoire qu’il ajoute que « l’on Chanta Negre Mais quil nen[tend] pas la Langue des Negres fonds [fons] qui E[taient] Ceux qui Chantoint ». Jannot ne précise pas s’il s’agit d’hommes ou de femmes qui chantaient, mais c’était sans doute les deux. À part l’information selon laquelle l’événement était dirigé par des personnes identifiées comme Fons, Jannot n’en dit pas plus, et le tribunal ne semble pas non plus particulièrement intéressé, si ce n’est pour confirmer qu’un certain rituel avait bien eu lieu, y compris le détail, provenant de l’enquête, voulant que « lon Versa de leau ou de l’eau de vie sur la tete dudt sr. Corbin ». (L’information obtenue par le procureur n’est apparemment pas claire – et bien sûr, les deux mots se ressemblent : eau et eau-de-vie.) Les colons auraient été très attentifs à ce détail, étant donné le pouvoir et l’importance de l’eau dans la culture française, telle qu’elle se reflète dans la religion, le folklore et les superstitions. Il fut également question de ces rats morts attachés au haut de cannes sur la terre de Corbin, spectacle qui dut perturber les personnes présentes ignorantes de ces pratiques. Jannot nie s’être trouvé là ni les avoir vus.7

Le témoignage de Jannot fournit de précieux détails sur les pratiques vaudoues deux décennies après l’arrivée des premiers Africains en Louisiane. Bien qu’on se réfère souvent au vaudou louisianais comme dérivant du vaudou haïtien, en raison de l’influx massif de réfugiés de la Révolution haïtienne à la Nouvelle-Orléans à partir des années 1790 jusqu’en 1810, l’interrogatoire de Jannot précède leur arrivée d’au moins cinquante ans. Comme l’a fait remarquer Gwendolyn Midlo Hall, « les croyances religieuses africaines, y compris la connaissance d’herbes et de poisons, et la création de charmes et d’amulettes de soutien ou de pouvoir, sont arrivées en Louisiane avec les tout premiers contingents d’esclaves ». Le colon Antoine-Simon Le Page du Pratz, qui géra la plantation de la Compagnie des Indes et ses deux cents esclaves de 1728 à 1731, décrit avec dérision les esclaves africains comme étant « très superstitieux & attachés à leurs préjugés & à des colifichets qu’ils nomment des gris-gris ». Avant que ne soit mis à jour le témoignage de Jannot en 1743, la première référence connue à de telles pratiques par une personne esclavisée en Louisiane était contenue dans un procès de 1773 dans lequel un esclave créole (c’est-à-dire né dans la colonie) était accusé d’avoir obtenu une amulette « gris-gris » d’un esclave originaire de Guinée avec l’intention de nuire à son maître. L’amulette était faite d’une concoction contenant des morceaux pourris du fiel et du cœur d’un crocodile, et d’un bâtonnet pour le brasser. Bien entendu, le vaudou n’était que l’une des nombreuses croyances religieuses et spirituelles, incluant le syncrétisme et le polythéisme religieux, pratiquées par les individus esclavisés en Louisiane.8

Le fait que Jannot ait identifié les Fons est significatif, car le Vodun, d’où le Vaudou est issu, était la religion du peuple fon du puissant Royaume du Dohomey, situé dans ce qui est aujourd’hui le sud du Bénin, dans le golfe de Guinée en Afrique de l’Ouest (Figure 2). C’est de là, à peine vingt-cinq ans avant l’interrogatoire de Jannot, que venaient, en 1718, les deux cents premiers Africains esclavisés transportés en Louisiane, après avoir subi le Passage du Milieu à bord de L’aurore, qui avait apporté les barils de riz.9

Comment pouvons-nous même commencer à interpréter les descriptions du vaudou contenues dans le procès de 1743? D’une part, on ne saurait prétendre décoder les significations précises de services et de rituels censés être éphémères, énigmatiques et étanches aux interprétations faciles. L’enquête sur la disparition de Corbin conduisit clairement à une collecte d’information intrusive (probablement sous la contrainte), ce qui explique les références que fait l’interrogateur à cette cérémonie à l’eau ou à l’alcool versés sur la tête ou l’effigie de Corbin, de même qu’à ces « rats attaches au hault de longues can[es] [dans] le desert dudt Sr Corbin ». Il est sans doute suffisant de savoir, grâce à Jannot, que le vaudou se pratiquait au cours de la décennie 1740 en Louisiane.10

Mais il n’en demeure pas moins important de contextualiser ces références et de tâcher de déterminer si les éléments décrits étaient de fait des signes de pratiques religieuses fons et vaudoues. Quand on lui demande si « lon y chanta des chansons [neg]res et en cette [dam.] mort dudt Corbin », Jannot admet avoir été présent à ce « service » (ce que les Français qualifiaient avec dérision de « badinage » ou de « folie »). Il dévie ensuite, niant connaître la langue parlée ou ce qui a été dit : il confirme ainsi « que l’on Chanta Negre Mais quil nen[tend] pas la Langue des Negres fonds [fons] qui Et[aient] Ceux qui Chantoint ». En outre, il n’y avait certainement aucune preuve que le « service » concernait Corbin, bien que le détail sur le fait qu’on ait, selon l’informateur du procureur, versé de l’eau ou de l’alcool sur la tête de Corbin (ou sur une effigie de celui-ci, le procureur n’en étant pas sûr), si vrai, semble pointer dans ce sens.11

Jannot développe sa réponse en expliquant qu’il n’est pas proche des esclaves fons. De telles inimitiés et animosités font régulièrement surface dans les procès. Jannot s’identifie devant le tribunal comme Bambara, ce qui signifie qu’il provient de Sénégambie, correspondant au territoire d’Afrique de l’Ouest situé entre le fleuve Sénégal, au nord, et le fleuve Gambie, au sud, et non-musulman. La majorité des esclaves amenés en Louisiane venaient de Sénégambie; les Bambaras étaient capturés loin dans l’intérieur (dans le Mali d’aujourd’hui) et étaient forcés de marcher jusqu’à la côte (Figure 3). 

Figure 3

« Représentation d’un grand nombre d’hommes emmenant leurs esclaves pour la vente aux Européens… », dans Samuel Gamble, « Log of the Slaver-Ship Sandown », 1793–1794. LOG/M/21; MS1953–35. National Maritime Museum, Greenwich, Londres, « Slave Coffle, Sierra Leone, 1793 », Slavery Images: A Visual Record of the African Slave Trade and Slave Life in the Early African Diaspora, consulté le 22 juillet 2021, http://www.slaveryimages.org/s/slaveryimages/item/414

Il existait des différences et des tensions entre les membres de divers groupes ouest-africains, de même qu’entre ces groupes et les esclaves créoles nés dans la colonie. Cinq ans plus tard, un autre procès se tient relativement à des événements s’étant déroulés au même endroit au Détour des Anglais (English Turn); les témoignages contiennent des passages dans une langue créole. Pierrot, qui était Bambara, nie avoir été le complice de Charlot dit Karacou, se basant sur le fait que lui, Pierrot, « N’est Pas Camarade des Creolles » (Figure 2). Quant aux Bambaras et aux Fons, ils ne pouvaient être plus éloignés, ni dans leurs origines géographiques, ni en termes de langue, de croyances religieuses et de pratiques culturelles. En dépit de telles hostilités, de nombreuses activités religieuses, culturelles et sociales étaient partagées. Des danses, par exemple, avaient fréquemment lieu dans diverses plantations, telle celle que Fleuriau mentionne dans la lettre de la veuve Baschemin au procureur général au sujet des interactions de son fils avec Pompée (Figure 4). Il en résultait nécessairement une sociabilité et des alliances. Après tout, Jannot était présent à ce « service » auquel il a très probablement participé.12

Figure 4

Agostino Brunias, Une danse nègre dans l’île de Dominique. Collection privée. Photo © Christie’s Images Bridgeman Images

La prémisse fondamentale de la cosmologie fon est que le monde est rempli de divinités qui relient les royaumes des vivants et des morts. Ceux-ci habitent tous les aspects du monde naturel et matériel, et peuvent être appelés à intercéder quand des individus ont besoin d’être outillés dans des conflits, pour réaliser un changement, pour générer des opportunités ou pour trouver des solutions aux difficultés. Comme l’a montré Cécile Fromont, il est important de reconnaître qu’« avec la traite des esclaves, le sens du mal a changé dans ces régions du continent africain faisant face à l’Atlantique, allant des déséquilibres qui s’inscrivent dans un cadre défini de changement politique, social et familial, à des événements profondément transformateurs initiés par les Européens (guerres, famines, déplacements, l’esclavage lui-même) qui menaçaient et ont souvent brisé l’ordre cosmologique établi ».13

Les services religieux étaient un moyen essentiel d’obtenir l’intercession. Ceux-ci incorporaient chants, danses, percussions et rituels performatifs dirigés par des chefs spirituels – hommes et femmes – dont l’autorité émanait de leur capacité à canaliser le pouvoir des esprits. La possession par un Dieu spécifique était au cœur de ces rituels, car elle invoquait la divinité et, au moyen de transes, facilitait la communication entre les divinités et les possédés (Figure 5).

Figure 5

Planche 105. De Zacharias Wagener, « Theirbuch », circa 1634–1641, Staatliche Kunstsammlungen, Kupferstich-Kabinett, Dresde, Allemagne, dans Cristina Ferrão et José Paulo Monteiro Soares, dir., Dutch Brazil, II (Rio de Janeiro, Brésil, 1997), 193–194, dans « Divination Ceremony and Dance, Brazil, 1630s », Slavery Images: A Visual Record of the African Slave Trade and Slave Life in the Early African Diaspora, consulté le 22 juillet 2021, http://www.slaveryimages.org/s/slaveryimages/item/1018

Cette image offre une rare représentation visuelle, au Brésil dans les années 1630, d’une cérémonie de divination et d’une danse. Il en est question dans James H. Sweet, Recreating Africa: Culture, Kinship, and Religion in the African-Portuguese World, 1441–1770 (Chapel Hill, N.C., 2003), 144, 150.

En plus des rituels de groupe qui incorporaient chants, incantations et manifestations spirituelles, la cosmologie fon attribuait également un rôle de premier plan à des objets de pouvoir appelés bocio (désignant un cadavre qui possède un souffle divin) et à d’autres assemblages d’objets issus du monde naturel auxquels l’on confère le pouvoir d’intercéder auprès des divinités (Figure 6). Les significations précises de ces assemblages ne peuvent cependant pas être retrouvées. Comme le fait remarquer Suzanne Preston Blier : « Les œuvres elles-mêmes ne sont pas censées être “comprises” au sens standard du terme, mais demeurent au contraire énigmatiques et obscures tant pour les résidents locaux que pour les observateurs étrangers. Cela […] ne tient pas à un désir arbitraire de cacher ou de dissimuler les significations cachées (“secrètes”) de l’œuvre aux publics étrangers ou locaux, mais s’appuie plutôt sur les rôles psychodynamiques très personnels que ces objets jouent dans les communautés locales et sur une certaine réticence compréhensible à traiter d’œuvres étroitement liées aux pensées et aux peurs les plus intimes d’un individu. » L’opacité est la clé de leur puissance, bien qu’il existe quelques règles générales qui aident à expliquer comment ces assemblages fonctionnent.14

Figure 6

Artiste inconnu. Figure humaine (Bocio), début du vingtième siècle. Bois, fibres et plumes. Côte guinéenne, République du Bénin. 5 5/8 × 1 5/8 × 1 1/4 po. (14.29 × 4.13 × 3.18 cm). Charles B. Benenson, B.A. 1933, Collection 2006.51.461. Avec l’aimable autorisation de la Yale University Art Gallery, New Haven, Conn.

La combinaison de liens, de rats et de cannes auxquels on fait référence dans ce procès semble intentionnelle et fort probablement significative, même si nous ne pouvons, au mieux, que spéculer sur leur but et leur signification. Des divinités particulières dans les assemblages fons étaient associées à des matériaux spécifiques, et ces assemblages pouvaient donner une forme tangible aux relations et aux problèmes de la communauté. Ceci se réalisait par un processus de transfert basé sur les propriétés des articles sélectionnés pour l’incorporation. Les assemblages fons se caractérisent « par l’étonnante diversité des objets et des matériaux qui y sont agrégés, y compris des crânes, du fer, des cordes, des cordons, des plumes, des gourdes, des coquillages, des tissus et des feuilles. Ces sculptures sont assemblées par des spécialistes appelés « botonon », connus pour leur manipulation de pouvoirs mystiques… Certaines figures, ligotées par une ficelle ou un cordon, servent à attaquer les ennemis, les empêchant de faire du mal. D’autres sculptures de ce type s’inspirent de l’imagerie et des pouvoirs de la nature : un crâne de chien attaché, par exemple, assure une grande vigilance; un crâne de hibou offre une protection contre la sorcellerie. » Ces pratiques dévotionnelles peuvent-elles être liées à la soi-disant « effigie » de Corbin, ou aux rats morts attachés à de hautes cannes?15

Figure 7

Planche XIII. Tirée de [ierre] J]acquis] Benoit, Voyage a Surinam: Description des possessions néerlandaises dans la Guyane (Bruxelles, 1839), à « La Mama-Snekie, ou Water-Mama, faisant ses conjurations », Slavery Images : A Visual Record of the African Slave Trade and Slave Life in the Early African Diaspora, consulté le 22 juillet 2021, http://slaveryimages.org/s/slaveryimages/item/2351

Cette lithographie illustre la description que fait P[ierre] J[acquis] Benoit d’une cérémonie de guérison dans la colonie néerlandaise de Surinam, qu’il visita en 1831, cérémonie au cours de laquelle une femme connue comme une « Mama-Snekie, mère des serpents, ou Water-Mama », offre à une mère une cure pour son enfant malade. Notez les figures humaines sur l’étagère dans le coin supérieur droit de la pièce.

Au Bénin, les rats communs sont associés à la transformation, et les gros rats des roseaux (ou aulacodes – Thryonomys swinderianus), à l’intelligence et à la fertilité, de sorte qu’ils pouvaient être utilisés dans des assemblages qui faisaient appel à ces traits. Mais il est aussi possible que de nouvelles significations aient pu être créées en Louisiane, basées sur l’observation de la faune et de la flore locales, ce qui était le cas des rats des bois (comestibles, comme les rats des roseaux) que Charlot dit Karacou piégeait, comme nous le verrons plus bas.

Neotoma floridana (le rat des bois de l’Est, également connu sous le nom de rat de brousse) peut mesurer jusqu’à quarante-cinq centimètres (dix-huit pouces) de long, et ses caractéristiques, telles que décrites par le colon et naturaliste Le Page du Pratz, sont intrigantes :

Le rat de bois a la tête & la queue d’un rat; il est de la grosseur & longueur d’un chat ordinaire; ses jambes sont plus courtes, ses pattes longues, & ses doigt armés de griffes, sa queue est presque sans poil & faite pour s’accrocher; car en le prenant par cet endroit, elle s’entortille aussitôt autour du doigt; son poil est gris, & quoique fin il n’est jamais lissé. Les femmes des Naturels [=des autochtones] le filent, & en font des jarretières qu’elles teignent ensuite en rouge. Il chasse la nuit, & fait la guerre aux volailles, dont il suce le sang & ne les mange jamais; on ne voit ordinairement point d’animal marcher si lentement, & j’en ai pris souvent à mon pas ordinaire. Lorsqu’il se voit sur le point d’être attrapé, son instinct le porte à contrefaire le mort, & il le fait si constamment, que soit qu’on le tue sur la place, soit qu’on le fasse griller, il ne lui échappe aucun mouvement, & il ne donne nul signe de vie. Ce n’est que lorsque l’on est très éloigné de lui, ou assez bien caché pour qu’on n’en soit apperçû, qu’il se remet en marche pour se fourrer au plus vîte dans quelque coin ou dans quelques broussailles. (Figure 8).16

Figure 8

Rat de bois (détail). Tiré de [Antoine-Simone] Le Page du Pratz, Histoire de la louisiane…., II (Paris, 1758), 94. Avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de France, Paris.

Quant aux hautes cannes, il ne s’agissait pas des cannes à sucre cultivées (celles-ci n’avaient pas encore été introduites en Louisiane), mais ce pouvait être l’Arundinaria gigantea, ou canne géante, espèce indigène de bambou montrée dans un dessin du fort de Yazoo (pas à l’échelle), qui est encadré en haut à gauche, en haut au centre, et en bas à droite, par des ravines de cannes (Figure 9). Les autochtones se servaient de ces longues et épaisses cannes de rivière pour en faire des paniers, des nattes et les affectaient à d’autres usages; elles étaient en outre comestibles comme jeunes pousses. Jean-François Dumont de Montigny fait observer que les Africains consommaient certaines parties de cette plante : « Dans une grande dizette qu’il y a eu au pays les nègres se nourissoient de graines de cannes et en faisoient de très bonnes bouillies. La graine de cette plante ressemble fort à l’advenne [=l’avoine] de France. » Ces cannes avaient-elles aussi une valeur symbolique.17

Figure 9

[Jean-François-Benjamin] Dumont de Montigny. Plan du Fort des Yachoux, concession de Mgr le duc de Belle Isle et associex, detruit, 1729, [1747]. Carte no 6. Tiré de « Memoire de Lxx Dxx Officiere Ingenieur, contenant les evenemens qui se sont passés à la Louisiane depuis 1715 jusqu’a present », carte no 6, 123. https://collections.leventhalmap.org/search/commonwealth:z603vn54b.

Avec l’aimable autorisation du Norman B. Leventhal Map and Education Center, Bibliothèque publique de Boston.

Notez les longues cannes en bas à gauche et les « ravins de cannes » au haut de l’image de ce plan du fort des Yazoo dessiné par le colon louisianais Dumont de Montigny.

En plus de toute signification particulière associée à des composantes individuelles telles que rats ou cannes, il pourrait y avoir une autre explication possible pour ces rats attachés à de longues cannes. Les assemblages d’objets fons étaient parfois attachés et liés à des bâtons pour être exposés dans des lieux spécifiques identifiés à des esprits particuliers, ou bien fixés à des arbres ou des buissons pour protéger les cultures. Ce seul usage aurait eu une valeur inestimable pour une personne esclavisée à qui incombait la responsabilité de récoltes ou de bétail. En 1748, Pierrot affirme que son maître l’aurait fait attacher à quatre poteaux et fouetter si l’un des bovins dont il avait la charge s’était égaré. En 1764, c’est au vieux Jeanot qu’on fit subir les conséquences de la mauvaise récolte d’indigo de son maître.18

Pourtant, Jannot nie avoir quelque connaissance des rats. Y avait-il une explication plus simple? En 1748, quand Charlot dit Karacou est accusé d’avoir tué un soldat français au Détour des Anglais, on affirme qu’il piégeait des rats des bois qu’il vendait à d’autres esclaves. Tout comme les rats des roseaux au Bénin, les rats de bois de la Louisiane étaient comestibles – et plutôt savoureux, d’après Le Page du Pratz : « La chair de cet animal est très bonne et a un goût un peu comme un cochon de lait lorsqu’il est d’abord grillé puis rôti à la broche. » Cette consommation laisserait entendre que Charlot les vendait comme nourriture plutôt que comme carcasses écorchées et séchées. Les rats attachés à des cannes auraient-ils pu être associés au piégeage? Le procureur ne semblait pas être de cet avis, car son enquête portait clairement à croire qu’il y avait plus dans la pendaison des rats que le piégeage, peut-être parce qu’il y avait des substances et des objets supplémentaires incorporés aux rats attachés.19

Rituels à la manière des Français

Commentaire – Rituels à la manière des FrançaisSi nous pivotons notre perspective vers les colons ayant initié le procès, vers la veuve Baschemin et les autres qui avaient observé des événements inhabituels, nous pouvons entrevoir une part de leurs angoisses, de leur peur de l’inconnu et de leur anxiété devant les services et rites religieux des Africains qu’ils avaient réduits en esclavage et qui vivaient au milieu d’eux et sous leur assujettissement.  

Il est toutefois important de noter que les Européens avaient leurs propres traditions qu’ils avaient amenées avec eux au Nouveau-Monde, faites de rituels secrets et de superstitions destinées à nuire ou à protéger. Cela comprenait la dissimulation de carcasses d’animaux séchés et d’assemblages d’articles cachés dans les murs de bâtiments (par exemple des vêtements de tous les jours et souvent une seule chaussure); des marques apotropaïques et des nœuds et ligaments censés protéger de tout danger. On peut se demander si certains colons n’ont pas été frappés par des similitudes avec les rats morts attachés à des cannes et avec d’autres rituels mentionnés dans le procès. Sans doute que non, mais ces traditions n’en ont pas moins façonné leurs croyances et leurs craintes.20

Rappelons en outre que la Louisiane était une colonie catholique. Pour qui se donnait la peine de faire des comparaisons, il y avait encore une autre similitude entre les expériences religieuses des colons et celles des esclaves africains. Jannot essaie d’éviter d’être impliqué dans le service ritualisé en affirmant que bien qu’il ait été présent, « il nen[tend] pas la Langue des Negres fonds [fons] qui Et[aient] Ceux qui Chantoient ». Pourtant, la connaissance d’une langue n’était pas une condition préalable à la participation dans une cérémonie. Après tout, Jannot avait été baptisé selon le rite catholique, conformément à l’article 2 du code noir de 1724, et les offices religieux se déroulaient selon la tradition tridentine, c’est-à-dire en latin (Figure 10). À l’exception des prêtres et de quelques colons (mâles) de haut rang, personne en Louisiane ne comprenait ce qui se disait pendant la messe. Pourtant, ils en faisaient l’expérience en répétant les gestes et les rites, dans un environnement qui faisait appel à tous les sens, par l’odeur de l’encens, le son des chants, des invocations et des prières. Ils auront été témoins du versement d’eau sur la tête du baptisé de même que de l’offrande (et du goût) de vin et d’hostie pour le sang et la chair du Christ. Ces gestes avaient lieu dans un espace où les reliques sacrées des saints étaient vénérées, reliques qui pouvaient inclure des fragments de restes humains, comme des os ou des cheveux, ou bien des objets sanctifiés, souvent des vêtements qui avaient été en contact avec les fragments. Les juges – voire même Jannot – ont-ils fait un lien entre les rites catholiques et le « service a la mode d[es] negres »? Ce n’est pas impossible.21

Figure 10

Bernard Picart. Messe solennelle ou Grand’ Messe. 1725. Gravure. Numéro d’inventaire: G.39042. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

Cette gravure datant du dix-huitième siècle montre la messe tridentine ou grande messe solennelle dans une école catholique de France. Notez le prêtre, les diacres et les autres célébrants masculins faisant face à l’autel, le dos tourné aux fidèles attentifs à la célébration de cette messe en latin. Cliquez ici pour un enregistrement vidéo d’une messe en latin célébrée en France en 1962 et qui montre l’importance de rituels interactifs qui font appel aux sens (vue, ouïe, goûter de l’hostie et du vin, odeur de l’encens).

Conclusion

Commentaire – ConclusionIl s’agit à bien des égards d’un procès exceptionnel qui met à nu le fonctionnement interne d’une enquête, remplie de lettres privées spéculant sur les circonstances de la disparition de Corbin, pointant du doigt des suspects potentiels, et recourant à la ruse pour piéger un témoin. Ce procès nous parle aussi des communautés d’Africains de l’Ouest esclavisés, découvrant un espace où les Fons ont pu pratiquer leur religion vaudou, pas forcément à l’abri du regard des colons, et découvrant par cette pratique un moyen de bâtir une communauté qui rassemble des membres d’autres « nations » ouest-africaines (pour employer le terme français) qui se sont eux aussi retrouvés esclavisés contre leur gré en Louisiane. Et, en fin de compte, ce procès nous renseigne sur les efforts déployés par Jannot pour protéger sa femme, raconter les abus dont ils étaient victimes et exprimer leurs griefs au grand jour. Quant à Corbin, son corps ne fut jamais retrouvé.

Links

LinksLink 1: Elizabeth Clark Neidenbach, “Refugee Revolution: Covering the Crisis That More Than Doubled New Orleans’s Population,” 64 Parishes (Summer 2020), https://64parishes.org/refugee-revolution

Link 2: Jeannot, 1764, Commentary

Link 3: Dinah Eastop, “Material Culture in Action: Conserving Garments Deliberately Concealed within Buildings,” Anais do museu Paulista: História e cultura material, XV, no. 1 (January–June 2007), 187–204, https://www.scielo.br/j/anaismp/a/QrCC5nWC55GNBg77chTwfCJ/?lang=en

Link 4: https://youtu.be/a8qgcqqbZG0

Link 5: https://ecommons.udayton.edu/uscc_relics/#

Lettre de la veuve Corbin à Jean-Baptise Raguet sur la disparition de son fils (Letter from Widow Corbin to Jean-Baptiste Raguet on the Disappearance of Her Son)

Transcription

Letter from Widow Corbin to Jean-Baptiste Raguet on the Disappearance of Her Son[page 1]

(30600)

Monsieur

La mort de mon fils se presante dans
 mon esprit en temps de diferante
 fason que je ne puis man pechez de
 vous en entretenir et [de vous] marques
 Les enquetude quelle me donne depuis
 vostre depar je me suis informé sy
 Lon voyet des oyaux de prois autour
 des deser on ma dit que non ce qui
 est dautemps suprenent [sic] que ce pauvre
 garson ne doit pas avoir disparue
 je ne plus apresant dans Lides que
 ce quoquin de ponpé a mr chatant Lau
 roit tué ce qui me confirme dans
 ce santiment est que La premiere
 nuit que mon fils a manqué on a
 enlevé unne voiture au debarquemen[t]
 de nivet et que mon fils a arété

[page 2]

(30601)

plusieurs fois ce quoquin je croit qu[e]
 Lon ne asarderoit pas baucoup a arete[r]
 ce drole et aluy donner La que[s]tion
 il ne doit pas esttre eloigné il etoit che[z]
 mr fleuriot a la dance Lon ne peut me tirer
 de le[s]prit a presant que Lon ne trouve
 rien que [ill.] sil ne été tué car il
 nest pas croiable qun homme dispar[ait]
 de la fason dont il a fait sy ne Luy est
 arivé de parre[i]l malheur que ceux que
 je me figure je croit que Lon ne doit
 pas negliger a punir ce quoquin sil
 Lon peut decrouvrir qui soit coupable
 il peut en vouloir a mon fils par que La
 derniere foit qui Le pris il dit a son
 petit frere qui Le conduiset chez m
 chaperon que sil vouloit sanfuir de
 tirer surluy ce que pierot fils son

[page 3]

(30602)

fusis netoit chargé avec du cel pou[r]
 Luy faire peur et Lautre foit que
 Lavoit pris il Lavoit fait foiter je
 tout Lieux de le sousonner car ces un
 tres mauvais suget vostre epouse
 ce porte bien elle vous salue
 je lhonneur destre tres parfaitement

Monsieur
 Vostre tres hum[ble]
 et tres aubeisan[te]
 servante veuve
 Ce 26e. juin 1743 baschemin

[page 4]1

A Monsieur
 Monsieur Raguet
 A La nouvelle orleans

on a tire coup de fusil le soir [ill.]

ont [ill.] la guildive
 presents made bachemin [ill.] petit Jean Leveillé
 barre La fers [ill.] his [wife?] his daughter Lafleur to [baulne] [ill.]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/06/26/01 (day/month/sequence).

Traduction

[page 1]

(30600)

Sir,

The death of my son presents itself in
 my spirit in different ways
 such that I cannot prevent myself
 from sharing it with you and letting [you] know
 the worries that it gives me. Since
 your departure, I have gathered information whether
 any birds of prey were seen around
 the plot of land. I was told no, which
 is all the more surprising. This poor
 boy can’t have just disappeared.
 I am now coming to the idea that
 that scoundrel Ponpé [Pompée] belonging to Mr. Chatant
 killed him. What strengthens me in
 this feeling is that the first
 night that my son was missing,
 a boat was taken from Nivet’s landing,
 and that my son has arrested

[page 2]

(30601)

that rascal several times. I believe that
 one would not risk much in arresting
 that clown and interrogating him under torture.1
 He cannot be far. He was at
 Mr. Fleuriot’s at the dance. No one can take away
 my feeling now that we will find
 nothing that [ill.] if he [Corbin] has been killed, since it
 is not credible that a man can disappear
 in the way that he has if some misfortune of the kind that
 I suspect hasn’t befallen him.
 I believe that one must
 not neglect to punish this scoundrel if
 we can discover that he is guilty.
 He could have been after my son because the
 last time he [Corbin] caught him, he [Corbin] said to his
 little brother [Pierot], who was driving him [Pompée] to M.
 Chaperon that if [Pompée] wanted to escape,
 to fire [his gun] at him, which Pierot did. His

[page 3]

(30602)

gun was only loaded with salt to
 frighten him. And the other time that
 he [Corbin] had caught him [Pompée], he had had him [whipped]. I have
 every reason to suspect him [Pompée], as he is a
 very bad subject. Your wife
 is well. She greets you.
 I have the honor of being most perfectly,

Sir,
 your very humble
 and very obedient
 servant, Widow
 the 26th June 1743 Baschemin

[page 4]2

To Monsieur
 Monsieur Raguet
 At New Orleans

A gunshot was fired at night [ill.]

have [ill.] the alcohol
 presents made Bachemin [ill.] Petit Jean Leveillé
 barre La fers [ill.] sa [fe] sa fille Lafleur a [baulne] [ill.]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/06/26/01 (day/month/sequence).

Liste de questions préparatoires preparées par le procureur general pour Pompée (List of Questions Prepared by the Attorney General for the Interrogation of Pompée)

Transcription

List of Questions Prepared by the Attorney General for the Interrogation of Pompée[page 1]

(30608)

Faits admini[stré] [par] le procureur general
 son nom [age] qualité demeure
 sil [ill.] a etre maron et sil la ete [depuis]
 Depuis quand il est de retour de son dernier mar[onnage]
 Sil na pas ete depuis peu aux habitations de [dam.]
 en bas ce quil y est allé faire et combien il y a
 ce qui loblige a etre si souvent maron
 [Si pendant] le temps de son maronage il nest pas [dam.]
 pour vivre et sil nentra pas dans les maisons p[our]
 quil y [volles?]
 Sil na pas voles chez la sanschagrin dans la maiso[n] [de]
 raguet
 Si le Sr corbin [ne la pas arresté] et conduit chez chapro[n]
 [Sil ne l’a pas fait] fouetter ou fouetté luy meme
 Si cela nest pas [arrivé] plusieurs fois
 Si led Sr corbin [ne la pas] fait conduire par son petit fre[re] [dam.]
 dit de tirer sur luy sil vouloit senfuir et sil ny a pas [dam.]
 coup de fusil chargé a sel
 Sil ne scait pas ce quest devenu ledt Sr corbin
 Sil la vu depuis peu ou sçu quil etoit allé en ch[asse]
 ou luy [ill.] [etait le jour] de la feste dieu
 sil ne court pas la nuit a pied ou a cheval prenant [des]
 chevaux quil trouver a paistre
 Sil na pas ete foüetté et marqué dune fleur de [lys]
 Sil a pris une pirogue a lhabitation de livet ou sil [scait] [dam.]
 prise et enlevée
 Et tous autres resultants de ses reponses et quil plaira a [M.]
 le Commissaire de suppleer
 le vingt sept Juin mil sept cent quarante trois
 Fleur[iau]

[page 2, blanche]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/06/27/01 (day/month/sequence).

Le document est délavé et illisible le long de la marge droite.

Traduction

[page 1]

(30608)

Facts administered [by] the attorney general.
 His name, [age], status, residence?
 If [ill.] to be a runaway and if he has been a runaway [since]?
 Since when is he back from his last marr[onage]?
 If he has not recently been by the plantations of the [dam.]
 below, what he had gone to do there, and how much is there?
 What compels him to be so often a runaway?
 [If during] the time of his marronage he did not [dam.]
 to live and if he didn’t enter into the houses in order
 to [rob] them?
 If he has not stolen from La Sanschagrin in the house [of]
 Raguet?
 If Sr. Corbin [hasn’t seized him] and taken him to Chapro[n]’s?
 [If he has not had him] whipped or done it himself?
 If this hasn’t [happened] a number of times?
 If the said Sr. Corbin [hasn’t had him] driven by his little bro[ther] [dam.]
 told him to shoot at him if he wanted to run away, and if he didn’t [dam.]
 fire a gun loaded with salt?
 If he doesn’t know what has become of the said Sr. Corbin?
 If he has seen him recently or knew that he was going hu[nting]?
 Where he [ill.] [was the day] of Corpus Christi?
 If he doesn’t run around on foot, or on horseback, taking
 horses that he would find at pasture?
 If he has not been whipped and marked with a fleur-de-[lis]?
 If he took a pirogue boat from the plantation of Livet or if he [knows] [dam.]
 taken and removed [it]?
 And all other [questions] resulting from his responses that it please [M.]
 the commissioner to add.
 The twenty-seventh June Seventeen forty-three.
 Fleur[iau]

[page 2, blank]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/06/27/01 (day/month/sequence).

The document is faded and illegible along the right-hand margin.

La Plainte (The Complaint)

Transcription

The Complaint(30606)

Messieurs Du Conseil Superieur de la [Province]
 de la louisiane

Expose le procureur general du roy que le sieur [Corbin]
 habitant a trois lieues de la ville a gauche du fl[euve]
 ieudy matin treize de ce mois iour de la feste [dieu]
 maison pour aller faire un tour de chasse [dam.]
 quil dit et dans lintention de revenir sur le cha[mps] [dam.]
 par un accident quon ne peult deviner il se [dam.]
 ou egaré sans quon en ayt eu aucune nouvelle [dam.]
 perquisitions quon ayt pu faire on na trouvé [aucune]
 trace danimaux feroces qui eussent pu le de[vorer]
 aucuns [n’est] [ill.] Le cadavre qui [dam.]
 chaire pourie [ill.] qu’on Larreste a [ill.]
 [ill.] assassine [ill.] La [ill.]
 Sa lettre [ill.] nous Denonce pompee
 esclave de [Sr Chapron] contre lequel elle a de [dam.]
 soupcons entre autres de ce que ce negre est souven[t] [maron]
 et que baschemin Corbin la arresté plusieurs fois la fa[ill.]
 et la derniere fois quil le fist conduire par son f[rere]
 Cadet il luy dist de tirer sur luy sil vouloit senf[uir]
 Comme il voulut le faire il luy tira un coup de f[usil]
 chargé a sel pour luy faire peur de sorte que ce [negre]
 luy en veult il est connu pour un indigne coqui[n qui a]
 été pris plusieurs fois pour vols et maronages [dam.]
 condamne par arrest du Conseil a etre fouetté par [tous les]

[page 2]

(30607)

Carfours et marqué dune fleur de lys on peult le [croire]
 Capable de touttes choses cest pourquoy ce Conseil
 Vous plaise Messieurs ordonner qua la requeste [de]
 la dame baschemin corbin et sur notre [f]onction ledit
 pompee negre esclave soit arresté et constitué prison[nier?]
 pour etre par lun des Messieurs quil vous plaira [ill.]
 Commettre interrogé sur les faits qui seront administr[és?] pa[r]
 la partie et sur ceux que nous donnerons et quil [soit]
 informé du fait circonstances et dependances pour [dam.]
 etre ordonné ce quil appartiendra a la nouvelle orle[ans]
 le vingt septieme Juin mil sept cent quarante t[r]ois
 Fleuriau

soit led. Pompée Negre1
 [aprehendé de son corps]
 es conduit dans les prisons
 de cette ville pour [proceder a l’Ire]
 [des fts] par Mr Prat
 nommé a cet effet le 27 juin
 1743 Salmon

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/06/27/02 (day/month/sequence).

Le document est délavé et abîmé sur la marge droite.

Traduction

(30606)

Councilors of the Superior Council of [the Province]
 of Louisiana,

The attorney general of the king sets out that Sieur [Corbin],
 residing three leagues from the city to the left of the r[iver],
 on Thursday morning the thirteenth of this month, the day of Corpus Christi,
 [left his] house to go hunting [dam.],
 as he said, and with the intention of returning straightaway [dam.],
 by an accident which cannot be guessed, he [dam.]
 himself or lost his way, and there hasn’t been any news of him [dam.]
 [in spite of the] searches that were conducted. No trace has been found
 of wild animals that could have devoured him,
 nor has [ill.] the cadaver that [dam.]
 rotting flesh [ill.] that we arrest him to [ill.]
 [ill.] murdered [ill.] the [ill.]
 Her letter [ill.] denounces Pompée,
 slave of Sr. Chapron, against whom she has [dam.]
 suspicions, among others that this negre is often [a runaway]
 and that Baschemin Corbin has seized him several times [ill.],
 and that the last time he did, he made his younger brother drive him back
 and told him to fire on him if he wanted to run away.
 As he wanted to do that, he fired his gun
 loaded with salt at him to frighten him, with the result that this [negre]
 resents him. He is known as a worthless scoundre[l] [who]
 has been seized various times for theft and marronage
 [and] condemned by the council to be whipped in [all the]

[page 2]

(30607)

quarters [of the city] and branded with a fleur-de-lis. We can [assume]
 him capable of all things which is why this council,
 if it please your honors, orders at the request of
 the Dame Baschemin Corbin, and per our duty, that the said
 Pompée negre slave be arrested and made a prisoner
 to be, by whichever one of you it pleases to select, [ill.]
 interrogated on the facts, which will be administered by
 this party, and on those facts that we will give, and that he [the councilor] be
 informed of the facts, circumstances, and dependencies, to
 be ordered that which appertains. In New Orle[ans]
 the twenty-seventh June seventeen forty-th[r]ee
 Fleuriau

That the said Pompée negre1
 [be apprehended by bodily arrest]
 and conducted to the prisons
 of this city to [proceed to the interrogatory]
 [on the facts by Mr. Prat],
 named for this purpose the 27 June
 1743 Salmon

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/06/27/02 (day/month/sequence).

The document has faded and is damaged (torn/glue) on right margin.

Lettre de Chaperon addressée à l’ordonnateur Edmé Gatien Salmon (Letter from Chaperon to Ordonnateur Edmé Gatien Salmon)

Transcription

Letter from Chaperon to Ordonnateur Edmé Gatien Salmon[page 1]

A Lhabitation ce 24e
 Aoust, 1743
 Monsieur

Je prends La libertee de vous Ecrire ses ligne[s]
 comme vous mavez chargée de vous Ecrire
 se qui se passe au sujet du Naigre du Sr Leonnard
 quy a dt Scavoire celuy quy a tuée M Corbin
 Il Est Toujours maron cependant Londt
 quil a Couchée deux nuit chez M Chamily
 Sitot quil pourat Le voire Il luy dira

[page 2, blanche]

[page 3]

(30603)

De retournée chez Son maistre quil a Eu
 Sa grace Et aubout de quelque Jours son mais[tre]
 me Lenvoira pour cherchée des vivre[s] Et Je La
 rettiré dans ma grange et Sur Le champs
 Je ferré monter a Cheval p[r] avoir L’honneur
 De vous avertire Voila Ce que nous somme
 Convenus avec Le S Leonnard
 Je finis En prenant La
 Libertée de demeuré Le plus humble
 De Vos petit Servitteurs
 Chaperon

[page 4]

Le Monsieur
 Monsieur De salmon
 Intendant A La nouvelle
 Orleans

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/08/24/02 (day/month/sequence).

Traduction

[page 1]

At the plantation this 24th
 August 1743
 Sir,

I take the liberty to write you these line[s],
 as you have charged me to write to you
 about what is happening on the matter of the negre of Sr. Leonnard
 who has said he knows the one who has killed M. Corbin.
 He is still a runaway, however, it is said
 that he slept two nights at M. Chamily’s.
 As soon as he [Mr. Chamily] is to see him, he will tell him

[page 2, blank]

[page 3]

(30603)

to return to his master, that he has received
 his grace, and after a few days, his mas[ter]
 will send him to me to fetch provision[s], and I will
 take him to my barn, and I will at once
 send [someone] on horseback to have the honor
 of warning you. That is what we have
 agreed with S. Leonnard.
 I end by taking the
 liberty of remaining the most humble
 of your lesser servants
 Chaperon

[page 4]

Monsieur
 Monsieur de Salmon
 Intendant at New
 Orleans

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/08/24/02 (day/month/sequence).

Liste de questions préparatoires preparées par le procureur general pour Jannot (List of Questions Prepared by the Attorney General for the Interrogation of Jannot)

Transcription

List of Questions Prepared by the Attorney General for the Interrogation of Jannot(30604)

[dam.] [ses] Responses [dam.]
 Son nom age qualite et sil est ba[pti]sé
 sil na pas souvent perdu le respect a son maitre
 sil ne luy a pas dit quil mettroit le feu a sa cabane
 pourquoy il luy a parlé ainsy quelle raison il a[voit]
 [Si son maitre ne l’avoit pas gron] dé pour etre tro[p]
 a la cabanne pour dejeuner
 si en allant au desert il ne le menaça pas
 sil ne luy dit pas quil scavoit qui avoit tué le S[r Corbin]
 son voisin
 pour quoy il ne veult pas le [dire]
 si cest parce que ceux qui [l’ont] tué sont ses parents
 ses amis et quils luy ont dit [de] ne rien dire
 sil a ete aux badinage qui [sest fait] chez le sr corbin
 avant sa mort
 si lon y chanta des chansons [neg]res et en cette [dam.]
 mort dudt Corbin
 si on luy versa de leau ou de l’eau de vie sur la teste [dam.]
 ce que cela vouloit dire
 si les negres dudit Sr Corbin [scavent] aussy qui la tu[é]
 sil a vu des rats attaches au hault de longues can[es] [dans]
 le desert dudt Sr Corbin
 sil scait qui les avoit mis la et a quel dessein
 si dans le temps de la mort [dudt] Sr Corbin il y avoi[t] [des]
 marons dans ces quartiers la
 sil les connoist et sil ny en avoit pas un de lautre [côté]
 qui est retourne chez son maitre
 si ce negre scait aussy qui a fait ce coup
 et tous autres resultant de ses reponses quil plaise
 le commissaire de suppleer
 ce neuf septembre mil sept ce[nt] quarante tro[is]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/09/09/02 (day/month/sequence).

Document abîmé, avec des déchirures et de la colle.

Traduction

(30604)

[dam.] [his] answers [dam.].
 His name, age, status, and if he is baptised?
 If he has not often lost his master’s respect?
 If he hasn’t often told him that he would put fire to his cabin?
 Why he had spoken to him that way, what reason he had?
 [If his master hadn’t scolded him] for being too long
 at his cabin for lunch?
 If when he went to the plot of land he didn’t threaten him?
 If he didn’t tell him that he knew who had killed Sr. [Corbin]
 his neighbor?
 Why he doesn’t want to [say]?
 If it is because those who killed him [Corbin] are his parent[s] [and]
 his friends, and that they told him not to say anything?
 If he had been part of the fooleries [that happened] at Sr. Corbin’s
 before his death?
 If there was singing of [neg]re songs there and in that the [dam.]
 death of the said Corbin?
 If water or alcohol was poured over his head [dam.]
 what that means?
 If the negres of the said Sr. Corbin also [know] who had killed him?
 If he has seen rats attached to the top of the long can[es] [in]
 Sr. Corbin’s plot of land?
 If he knows who put them there and for what purpose?
 If at the time of [the said] Sr. Corbin’s death there wer[e]
 runaways in the area?
 If he knows them and if there wasn’t one on the other [side]
 who has returned to his master?
 If that negre also knows who did the deed?
 And all others [questions] resulting from his answers which it please
 the commissioner to add.
 This ninth September seventeen forty-three.

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/09/09/02 (day/month/sequence).

Document damaged, with tears and glue.

La Plainte (The Complaint)

Transcription

The Complaint(30605)
 A Messieurs Du Conseil Superieur de la
 province de la louisiane
 Expose le procureur general du roy quil a eu avis que
 le nomme Jannot negre esclave du sieur leonard habitant
 a trois lieues au dessous de cette ville a gauche du fleuve
 setant mutiné contre son maitre il y a environ dou[ze]
 a quinze jours luy avoit dit quil scavoit [dam.] qui est ce
 qui avoit tué le Sr Corbin qui par un malheur
 extraordinaire et quon na encore pu decouvrir dispar[ust]
 le jour de la feste dieu derniere etant sorty de chez luy pour
 aller faire un tour de chasse dans son dese[rt] [ill.] et devo[it]
 revenir sur le champs touttes les perquisitions quon en a
 faittes dans les [quartier on] na trouve ny le corps ny le fus[il]
 Et hardes donnent lieu de penser quil [fault qu’on l’ait]
 tue et enterre avec ses hardes et que ce pouvoit bien
 ses negres ou ceux du voisinage, Jannot [dam.]
 pres pouvoit bien en avoir ouy dire quelque [c]hose, dau[tant]
 plus quil sest fait un service a la mode d[es] negres o[ù]
 [dam.] ou lon pretend que la mort dudit Corbin fut ch[antée]
 en langue negre precisement deux mois [dam.]
 auparavant quelle arrivast, ce Janot au [dam.]
 avois dit quil scavoit ceux qui avoint fait [ce] coup [son]
 maitre homme fort agé et de bon renom e[st cr]oyable
 cest pourquoy ce consideré
 Vous plaise Messieurs ordonner que par [dam.] Messieu[rs]
 quil vous plaira de Commettre led Jannot prison soit [inter]rogé pou[r]
 ensuite ordonne ce quil appartiendra a la nouvelle
 orleans le neuf septembre mil sept cent [quarante trois]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/09/09/04 (day/month/sequence).

Le document est abîmé sur la marge droite, avec des déchirures et de la colle.

Traduction

(30605)
 To the Councillors of the Superior Council of the
 province of Louisiana
 The attorney general of the king states that he has been informed
 that the so-named Jannot, negre slave of Sieur Leonard residing
 three leagues below this city on the left [bank] of the river,
 having mutinied against his master around twelve
 to fifteen days [ago], had told him that he knew [dam.] who
 had killed Sr. Corbin, who by an extraordinary misfortune
 that has not yet been possible to discover, disappeared
 the day of Corpus Christi last, having left his place
 to go hunting in his plot of land [ill.] and was supposed to
 return straightaway. Despite all the searches that were
 made in the [area], neither the corpse nor the gun
 and clothing have been found, giving rise to thinking that he must have been
 killed and buried with his clothes and that it could well be
 his negres, or those of the neighborhood. Jannot [dam.]
 could well have heard say something, especially
 since there was a service in the manner of the negres where
 [dam.] it is claimed that the death of the said Corbin was chanted
 in the negre language exactly two months [dam.]
 before it happened. This Janot [dam.]
 had said that he knew those who had done [this] deed, [his]
 master, a very elderly man and of good renown, is credible,
 which is why, this considered,
 it please you sirs to order that by [dam.] sirs
 that it please you to commit the said Jannot to prison to be interrogated,
 then give orders accordingly. In New
 Orleans, the ninth September seventeen [forty-three].

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/09/09/04 (day/month/sequence).

Document damaged on right margin—tears and glue.

Interrogatoire de Jannot (Interrogatory of Jeannot)

Transcription

Interrogatory of Jannot1

[page 1]

(30596)

[Interrogatoire
 de
 Jannot]
 [paraphe]
 [10 7bre]
 (4427)

Lan mil sept Cens Quarante trois le dixieme
 Septembre [au] matin A la Reqte du proc[ur]
 Gnal du Roy. Nous Jean Pr[at] Consr.
 au Conl superieur de la Louisianne sommes
 transporté Es prison de cette ville a leffet
 de proceder a LInterrogatoire dun Negre
 Esclave apartenant a Leonard habitant [au]
 detour aux Anglois, ou estant dans la
 Chambre Criminelle [des] prisons
 avons fait amener ledt Negre par
 Le Geollier [des] prisons Lequel Nou[s]
 ayant paru parler bon françois et
 L’entendre pariellement [sic] avons procedé
 aud Interrogatoire [ainsy] quil En suit.
 Interrogé de son Nom age qualite et
 Religion.
 a dit se nommer [J]anots Negre Esclave
 apartenant [a] Leonard Nation Bambara
 age [d’]Environ trente [sept] ans et quil Est Baptise
 Int[e]rrogé [a]pres [avo]ir promis de dire
 verité pourquoy Il Est deten[ue] d[an]s les
 prisons Et [qui Luy] a fait mettre
 a dit quil Est detenu[e] En [prison parc]e quil
 a dit quil Connoissoit Celluy qui a tue le sr Corbin
 Prat

[page 2]

[2e] (30597)

Interogé sil Na pas souvent perdu le [respect]
 a son Maitre
 a dit que Nön
 Interogé sil Ne luy a pas dit qu[il] [brulerai]
 sa Cabanne
 a dit quil y a longtemps Environ quatre ans
 que Madame Vouloit le Battre parceque
 il luy avoit Reproche de Ce quelle av[oit]
 Battu sa femme plusieurs fois sans Raison
 Et Notamment Ce jour la quelle donna [des]
 souflet a sa [dite] femme qui avoit [pourtant]
 Beaucoup Mal aux dents, ladte [dame]
 Leonard prit une hache, En Menacant [le]
 Negre de Les fraper Elle se Retire pourtant
 Et alla Casser la porte de [sa] Cabanne
 Cest alors que ledt Negre Luy dit qu[e]
 sy Elle Continuoit il mettroit le feu a sa
 Cabanne
 Interrogé sy son maitre ne la pas souvent
 Grondé pour Etre trop longtems a alle[r]
 dejeuner
 a Repondu quil y a Environ un Mois quil
 travailloit a Cercler du Riz son maitre
 Luy [Reprocha] de Ce [quil] Employait trop d[e]
 temps a dejeuner Et luy fit plusieurs Mena[ces]
 a quoy ledt [Jannot a] Repondit autre [C] [dam.]
 [dam.] que luy Leonard Ne devoit pas t[ant]
 [se facher] pour le temps quil Employoit
 Prat

[page 3]

(30598)

dejeuner Ensuite ledt Leonard ses Ret[iré]
 a La Maison Et ledt. janot sen fut aux Cha[mp]
 Continuer son ouvrage, Et un moment apres
 Voit Revenir son Maitre avec un fusil
 Menacant ledt. Negre de tirer sur Luy
 Et luy disant puisque tu as dit que tu
 Voulais Me tuer Il faut que je te tue
 a quoy ledt. janot Repliqua je Nay jamais
 Eu la pensée de cela sy fait Bien dit ledt.
 Leonard Car Ma femme Me la dit Et Bien
 Mr. Luy dit le Negre sy Vous Voulez me
 tuer me Voila je Ne Men Iray pas pour
 Cela Vous Etes le Maitre
 Interogé s’il na pas dit a son Maitre
 quil scavoit qui a tué son Voisin Mr. Corbin
 a Repondu que Non quil Na jamais parle de
 Cela a son Maitre Et quil Ne Connoit point
 Celuy qui a tué Mr. Corbin
 interogé sil Na pas oüy dire que le Sr. Corbin
 ayt Ete tué
 a Repondu que Non
 interogé sil Na pas Ete d’un Badinage
 qui se fit Chez Lesr Corbin deux Mois
 avant sa mort
 a Repondu quil y a assisté mais quil Ny
 Badinoit point
 interoge sy Lon y Chanta des Chansons
 Prat

[page 4]

(30599)

Negres Et En Cette langue la mort
 de Sr Corbin
 a dit que l’on Chanta Negre Mais quil nen[tend]
 pas la Langue des Negres fonds [Fon]2 qui E[taient]
 Ceux qui Chantoint
 interogé sy lon Versa de leau ou de l’eau de vie
 sur la tete dudt sr. Corbin En Chantant
 Et Ce que Cela Voiloit dire
 a Repondu quil Na point Veu Cela
 interogé si les Negres du Sr Corbin
 Scavent qui la tué
 a dit quil Nen a aucune Connoissance Et que
 sil Scavoit qui peut avoir tué ledt. Corbin
 ou quil Connut des Gens qui le scavent
 il Lauroit deja dit
 interoge sil a Vu des Rats attaches
 dans le desert dudt. Sr. Corbin au haut de
 Longues Cannes sil scait qui les avoit
 Mis la Et a quel dessein
 a Repondu quil Nen scait Rien de tout
 Cela Et quil Na pas Ete dans Ce desert
 il a adjouté que le jour de la fete dieu
 que ledt Sr. Corbin sest perdu il a passe
 la journée Chez le Sr. Chaperon Et le lende[main]
 Et jours suivants il a toujours travaille
 avec son Maitre
 Prat

[page 5]

(30609)

interogé sil a Connoissance que d[a]ns le temps
 de la mort dudt sr. Corbin il y avoit de
 Ce Coté la des Negres Marons
 a Repondu que Non quil ne scait point
 s’il y En avoit
 interoge sil de lautre Coté de leau il
 Ny avoit pas un Negre Maron qui Est
 Retourné Chez son Maitre
 a dit que les Negres de livet furent Marons
 quinze jours apres la perte dudt sr Corbin
 interoge s’il N’a pas Ete Maron Luy interogé
 a dit quil y a Environ Cinq semaines il sen
 fut Maron Et quil demeura huit jours
 dehors Et que Ce fut parceque sa metresse
 Vouloit L’emmener a la Ville pour le faire
 fouetter pour les Mauvaises parolles Et
 Raisonnements quelle disoit quil avoit
 tenu a legard de son mary
 Qui Est tout Ce quil a dit scavoir
 Lecture a luy faite du present interogatoire
 a dit que ses Reponses Contiennent Verite
 y a persisté Et declaré ne scavoir Ecrire
 Ny signer de Ce Enquis suivant Lordce
 Prat

Soit Communiqué au procureur gnal
 du Roy ce 10e. 7.bre 1743.

Prat

Vu le present Interrogatoire Je requiere pour le roy que ledt
 Janot soit fouette iusqua ce quil avoue ce quil a dit a son
 maitre a la nouvelle orleans le dixe septemb 1743. Fleuriau

[page 6, blanche]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/09/10/01 (day/month/sequence), 1743/09/10/02.

Document abîmé, avec des déchirures et de la colle.

Traduction

1

[page 1]

(30596)

[Interrogatory
 of
 Jannot]
 [paraphe]
 [10 October]
 (4427)

The year seventeen forty-three the tenth
 September in the morning, at the request of the attorney
 general of the king, we, Jean Prat, councilor
 of the Superior Council of Louisiana, have
 transported ourselves to the prison of this city in order
 to proceed to the interrogatory of a negre
 slave belonging to Leonard, inhabitant of
 Detour aux Anglais [English Turn], where, being in the
 criminal chamber [of] the prisons,
 w[e] had the jailer [of] the prisons
 fetch the said negre, who,
 seeming to speak good French and
 understand it also, we proceeded
 to the said interrogatory as follows.
 Interrogated about his name, age, status, and
 religion.
 Said he was named Janots negre slave
 belonging [to] Leonard, of the Bambara nation,
 aged about thirty-[seven] years and that he is baptised.
 Interrogated after [having] promised to tell
 the truth why he is detained in the
 prisons and [who] had [him] put there?
 Said that he is detained in [prison because] he
 has said that he knew the one who has killed Sr. Corbin.
 Prat

[page 2]

[2nd] (30597)

Interrogated if he has not often lost the [respect]
 of his master?
 Said that no.
 Interrogated if he had not told him he would [burn down]
 his cabin?
 Said that a long time ago, about four years ago,
 that Madame wanted to beat him because
 he had reproached her for having
 beaten his wife several times without reason,
 and notably the day when she gave
 blows to his said wife even though she had
 a very bad toothache. The said Dame
 Leonard took an axe, threatening [the]
 negre that she would hit them, she left however
 and went to break the door of [their] cabin.
 It was then that the said negre told her that
 if she continued, he would set fire to his
 cabin.
 Interrogated if his master hasn’t often
 scolded him for taking too long sitting down to the table
 for lunch?
 Replied that about a month ago [as] he
 was working at binding the rice, his master
 [reproached] him for spending too much
 time at lunch and made several threats,
 to which the said [Jannot] replied [other] [C] [dam.]
 [dam.] that he Leonard should not always
 [get angry] about the time that he took to
 Prat

[page 3]

(30598)

have lunch, after which the said Leonard retired
 to the house, and the said Janot went to the field
 to continue his work, and a moment later,
 he sees his master returning with a gun,
 threatening to fire at the said negre,
 and telling him, “Since you have said you
 wanted to kill me I have to kill you,”
 to which the said Janot replied, “I have never
 had that thought.” “Yes you have,” replied the said
 Leonard, “because my wife told me.” “Well then,
 Monsieur,” said the negre, “if you want
 to kill me here, I will not leave for
 that. You are the master.”
 Interrogated if he didn’t say to his master
 that he knew who had killed his neighbor Mr. Corbin?
 Replied that no, that he has never talked of
 that to his master and that he didn’t know
 the one who killed Mr. Corbin.
 Interrogated if he hasn’t heard it said that Sr. Corbin
 had been killed?
 Replied no.
 Interrogated if he had not been part of the foolery
 that took place at Sr. Corbin’s two months
 before his death?
 Replied that he did attend it but that he
 did not take part in the foolery.
 Interrogated if there was singing there of negre songs
 Prat

[page 4]

(30599)

and in that language [sung] the death
 of Sr. Corbin?
 Said that there was negre singing but that he does not understand
 the language of the [Fon]2 negres who were
 those who sang.
 Interrogated if water or alcohol was poured
 on the head of Sr. Corbin while chanting,
 and what that means?
 Replied that he had not seen that.
 Interrogated if the negres of Sr. Corbin
 know who killed him?
 Said that he knew nothing of that and that
 if he knew who could have killed the said Corbin,
 or knew people who knew that,
 he would already have said.
 Interrogated if he has seen rats
 in the plot of the said Sr. Corbin, tied to the top of
 long canes, and if he knows who had
 put them there and for what purpose?
 Replied that he knows nothing about any of
 that and that he has not been in that plot [of land].
 He added that on the day of Corpus Christi
 when the said Sr. Corbin got lost, he had spent
 the day at Sr. Chaperon’s and the next day
 and following days he had been working always
 with his master.
 Prat

[page 5]

(30609)

Interrogated if he knows if during the time
 of the death of Sr. Corbin there were
 in that area any runaway negres
 Replied that no, that he does not know
 if there were any
 Interrogated if on the other bank of the water
 there wasn’t a runaway negre who has
 returned to his master
 Said that the negres of Livet ran away
 fifteen days after the loss of the said Sr. Corbin.
 Interrogated if he has not himself been a runaway?
 Said that about five weeks ago he had
 run away and that he remained away eight days
 and that it was because his mistress
 wanted to take him to the city to have him
 whipped for the bad words and
 arguments which she said he had held
 toward her husband.
 Which is all that he has said to know,
 the present interrogatory was read to him,
 said his answers contained the truth,
 persisted in this and declared not knowing how to write
 nor to sign. This inquired in accordance with the ordinance.
 Prat

To be communicated to the attorney general
 of the king, this 10th September 1743.

Prat

Seen the present interrogatory, I require for the king that the said
 Janot be whipped until he admits what he has said to his
 master. In New Orleans the tenth September 1743. Fleuriau

[page 6, blank]

Source: Records of the Superior Council of Louisiana (1717–1769), Louisiana History Center, Louisiana State Museum, New Orleans 1743/09/10/01 (day/month/sequence), 1743/09/10/02.

Document damaged, with tears and glue.

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